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Bill Carman

ID : 27495
Ajouté le : 2003-04-03 15:15
Mis à jour le : 2005-02-21 16:29
Refreshed: 2010-03-11 16:49

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Chapitre 5: Les femmes, la santé et le milieu de travail
Préc. Document(s) 7 de 13 Suivant


La population active officielle





Les femmes constituent 50 % de la population du monde, exécutent
les deux tiers du travail du monde et possèdent un dixième des
richesses du monde. Nous grandissons tous dans une culture qui
accorde davantage de valeur au travail des hommes qu'à celui des
femmes et à la vie des hommes qu'à la vie des femmes.

-- K. Soin, membre du Parlement, Singapour

Dans le monde entier, les femmes consacrent des heures longues et laborieuses au travail dans la population active officielle et non officielle ainsi qu'à la maison. Cependant, dans les pays industrialisés comme dans ceux en développement, les répercussions du travail des femmes sur la santé est un domaine d'étude qui a été passablement négligé (Berr, 1994 ; Haile, 1994 ; Messing, 1991). Selon Lee (1984, p. 15) :

Même dans les pays développés, où les mouvements en faveur de la santé au travail sont mieux établis, très peu d'études ont été effectuées spécifiquement sur la santé des femmes. Celles qui ont été faites s'intéressent en majorité aux effets du travail sur les fonctions de reproduction plutôt qu'à la santé des femmes elles-mêmes. (Traduction libre.)

Pour illustrer la pauvreté des études sur les effets du travail des femmes sur la santé, Messing (1991) a signalé qu'une recherche, effectuée entre 1975 et 1991 dans la banque de données Medline pour trouver des publications en anglais qui utilisaient les mots clés « dysménorrhée », « troubles menstruels » et « tension prémenstruelle » en association avec les mots « industrie », « profession », « travailleuse » ou « femme », n'a fourni aucune référence en français ni en anglais, et seulement une référence à une étude rédigée en chinois qui reliait les facteurs de risques professionnels aux symptômes menstruels. Outre le manque d'information sur les problèmes de santé associés aux activités des femmes à l'extérieur, il y a aussi très peu de renseignements sur les effets directs sur la santé des lourdes charges de travail des femmes à la maison (Messing, 1991 ; Koblinsky et al., 1993a ; Hatcher Roberts et Law, 1994). D'après Lee (1984), chercheuse malaisienne, ce manque de priorité et d'intérêt est lié au statut inférieur que la société a accordé au travail des femmes, particulièrement au travail à la maison qui est rarement vu comme présentant des dangers.

Les pages qui suivent traitent des différents problèmes de santé associés au travail des femmes. Nous avons adopté une large définition du terme « travail » qui inclut non seulement les activités rémunérées, mais toutes les activités grâce auxquelles des biens et des services économiques sont produits et vendus. Les risques de santé associés au travail des femmes dans leurs activités de subsistance et leurs activités domestiques seront également étudiés.


Les organismes gouvernementaux et non gouvernementaux
doivent poursuivre les recherches dans le secteur de la santé et
de la sécurité au travail. Il faut élaborer des instruments pratiques
qui permettent d'intégrer les principes de la santé et de la sécurité
au travail à l'application, au contrôle et à l'évaluation des
politiques et des programmes gouvernementaux et non
gouvernementaux. On sait très peu de choses et on manque de
données désagrégées selon le sexe sur le rôle véritable des femmes,
leur travail et leur importante contribution au développement.
Cet atelier offre un milieu idéal pour partager connaissances et
expériences afin d'explorer les différents moyens d'encourager la
recherche dans ce domaine et d'amener au grand jour les
préoccupations des femmes qui travaillent.

Ng Yen Yen, sénateure au Parlement de Malaisie, Pahang (Malaisie)

La population active officielle

Dans la plupart des régions du monde, les femmes jouent un rôle de plus en plus important dans la main-d'œuvre officielle. Cette évolution du rôle économique des femmes expose leur santé à des risques supplémentaires (Paolisso et Leslie, 1995). Entre 1950 et 1985, le nombre de femmes économiquement actives dans les pays en développement est passé de 344 à 675 millions (Sivard, 1985). D'après l'Organisation internationale du travail (OIT), en 1990, les femmes représentaient plus du tiers de la population active globale du secteur de travail officiel : 41,4 % dans les pays industrialisés et 34,3 % dans les pays en développement (OIT, 1993).

Dans Women's Lives and Women's Health, Leslie (1992) affirme que, même si selon les époques et suivant les pays, la situation varie considérablement, il est clair que la tendance, dans les pays en développement, a été une augmentation générale de la participation des femmes à la population active rémunérée (dans les secteurs structurés et informels). Cette expansion rapide de la participation des femmes au marché du travail est liée à un certain nombre de changements économiques et sociaux, parmi lesquels la monétisation accrue des économies, l'urbanisation, la baisse des niveaux de vie, l'amélioration du niveau d'instruction des femmes et l'évolution des sociétés qui ont commencé à accepter que les femmes participent à un monde économique plus vaste (Paolisso et Leslie, 1995).

Les taux de participation des femmes à la population active officielle varient de façon considérable suivant les régions. Pour commencer, les chiffres des pays industrialisés ont tendance à être plus élevés que ceux des pays en développement. Au Canada, par exemple, 58 % des femmes âgées de plus de 15 ans font partie de la population active rémunérée, et elles constituent 45 % de la population active totale (Condition féminine Canada, 1994).


Le bouleversement du scénario social, politique et économique de
bon nombre de pays d'Asie et du Pacifique a transformé et
continuera à transformer radicalement le rôle des femmes.
À mesure que les pays se libéreront politiquement et
économiquement, et avanceront vers le progrès et le
développement économique, un nombre croissant des femmes
de la région entreront dans la population active.

-- Ng Yen Yen, sénateure au Parlement de Malaisie, Pahang (Malaisie)

En Afrique subsaharienne, la participation des femmes à la population active officielle en 1990 était de 37 % (undiesa, 1991). Comme la plupart des employés du secteur public et des travailleurs salariés sont des hommes, les femmes se retrouvent invariablement dans l'agriculture de subsistance ou sont forcées de créer les occasions de travail qu'elle peuvent dans les secteurs non structurés (ONU, 1991).

La participation des femmes a augmenté dans presque tous les pays d'Asie. D'après les statistiques officielles, l'activité économique des femmes dans le sud et l'ouest de l'Asie est très faible (moins de 20 %), mais elle est relativement élevée (de 35 à 40 %) dans l'Est et le Sud-Est. Dans l'Asie du Sud-Est, on a assisté à une expansion notable des possibilités économiques offertes aux femmes. Le travail des femmes fournit jusqu'à 80 % de la force de travail des zones de production pour l'exportation (p. ex. en République de Corée et en Thaïlande). Cependant, les femmes ont habituellement été confinées au travail répétitif à la chaîne dans des industries comme celles de l'électronique, de la transformation des aliments, des textiles et de la chaussure (OIT, 1992a). Si les possibilités d'emploi plus nombreuses offertes aux femmes dans les économies d'Asie relativement avancées témoignent à la fois d'une pénurie croissante de main-d'œuvre et d'un niveau d'instruction plus élevé chez les femmes, dans les pays à faible revenu, la participation accrue des femmes, particulièrement dans les régions urbaines, est souvent associée à la pauvreté et à la nécessité d'augmenter le revenu du ménage (OIT, 1994).

En Amérique latine, on a également observé un accroissement de la participation des femmes à l'économie. Au Chili, par exemple, entre 1970 et 1990, la participation des femmes à la population active rémunérée a augmenté de 83 % (Berr, 1994). Les taux de participation des femmes à la population active officielle sont actuellement de 31 % dans les régions urbaines de l'Amérique latine et de 14 % dans les régions rurales. Les possibilités de travail des femmes dans les régions urbaines semblent être liées de près aux besoins économiques créés par la crise qui a sévi tout au long des années 1980. D'après une étude de l'unicef, les femmes qui travaillent pour un faible revenu ont constitué un « ajustement invisible » à la crise économique (unicef, 1987).

L'augmentation du travail des femmes dans certains pays d'Amérique latine a aussi été associée au niveau d'instruction plus élevé chez les femmes. L'un des taux de participation les plus élevés des femmes à la population active dans cette partie du monde est celui de l'Uruguay (40 %), qui a peut-être le meilleur système d'éducation secondaire de la région (OIT, 1994).


La poursuite de la croissance de l'économie chilienne dépendra
de l'intégration croissante des femmes à la population active.
Cependant, les répercussions du travail des femmes sur leur
santé est un secteur de recherche et de politique qui n'a guère
reçu d'attention jusqu'ici.

-- Ximena Díaz Berr, travailleuse salariée des secteurs de
l 'industrie et de la culture fruitière, Santiago (Chili)

Le secteur des services est particulièrement important en Amérique latine et emploie environ 70 % de toutes les femmes économiquement actives, la proportion la plus élevée se retrouvant dans les services domestiques (OIT, 1992a). Au Brésil, par exemple, près du tiers des 15 millions de femmes qui constituaient la main-d'œuvre féminine en 1985 étaient employées comme domestiques (Machado, 1993).

La population active non officielle

Les statistiques susmentionnées portent seulement sur la participation des femmes à la population active rémunérée mesurée officiellement et ne tiennent pas compte de tout le travail effectué par les femmes dans le secteur non structuré. Lorsqu'on examine les risques pour la santé associés au travail des femmes, il est essentiel de tenir compte du travail effectué dans le secteur informel qui est souvent absent des statistiques sur la main-d'œuvre. Voici ce qu'en dit Waring (1993, p. 109) :

Prenez le cas de Tendai, une jeune fille de Lowveld, au Zimbabwe. Sa journée commence à quatre heures du matin quand, pour aller chercher de l'eau, elle part avec un seau de 30 litres vers un trou de forage à quelque 11 kilomètres de chez elle. Elle marche pieds nus et revient à neuf heures. Elle mange un peu et va chercher du petit bois jusqu'à midi. Elle nettoie les ustensiles utilisés pour le repas du matin et s'assoit pour préparer un déjeuner de sudsa pour la famille. Après le déjeuner et une fois la vaisselle faite, elle marche en plein soleil jusqu'au début de la soirée à la recherche de légumes sauvages pour le dîner avant la corvée d'eau du soir. Sa journée se termine à neuf heures, après qu'elle a préparé le dîner et mis ses jeunes frères au lit. Tendai est considérée non productive, non occupée et économiquement inactive. D'après le système économique international, Tendai ne travaille pas et ne fait pas partie de la population active. (Traduction libre.)


Les femmes pauvres se débattent pour gagner leur vie et nourrir
leurs enfants en travaillant comme vendeuses de rue, colporteuses,
camelots, travailleuses domestiques, travailleuses sexuelles et
convoyeuses de drogues.

ha Kambon, Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes,
Port of Spain (Trinité-et-Tobago) (voir Kambon, 1995)

Les statistiques gouvernementales omettent souvent une grande partie du travail des femmes qui est essentiel pour la subsistance du ménage, comme la collecte du combustible et de l'eau, l'élevage de quelques animaux et l'entretien d'un potager (OIT, 1985 ; Nuss, 1989). Un rapport de l'undiesa, The World's Women (1991), affirme que si tout le travail non payé des femmes dans le secteur de l'agriculture de subsistance, de l'entretien de la maison et des soins à la famille était pris en considération dans les statistiques sur la population active, leur part serait égale ou supérieure à celle des hommes.

En Inde, par exemple, les statistiques officielles suggèrent que 14 % de la population féminine travaille, par comparaison avec 52 % de la population masculine. Une commission spéciale instituée en 1988, cependant, a conclu que plus de 90 % des femmes qui travaillent en Inde étaient dans le secteur non officiel et n'avaient généralement pas été enregistrées par les fonctionnaires chargés de recenser l'économie du pays (Misch, 1992).

Les statistiques ignorent le nombre croissant de femmes, dans le monde entier, qui travaillent à domicile et à la pièce, comme celles qui fabriquent des tissus, des tapis et des paniers dans leur maison (Leslie, 1992 ; Berr, 1994 ; Haile, 1994). Les femmes qui colportent les marchandises, comme les paysannes des Andes, en Amérique latine, qui viennent de la campagne et de leurs communautés indigènes pour vendre en ville des marchandises, des aliments et des produits d'artisanat qu'elles ont fabriqués elles-mêmes, sont aussi facilement laissées pour compte. Selon Kambon (1995) :

Les taux de chômage élevés ont poussé d'importantes portions de la population active féminine vers le secteur non structuré [ ... ], les Antillaises devant trouver des moyens pour survivre. Selon les estimations, entre 30 et 50 % de tous les emplois sont dans le secteur informel. En Guyane, [ ... ] le revenu fourni par le secteur informel correspond à près de 60 % de l'économie tandis qu'en Haïti, il peut atteindre 93 %. (Traduction libre.)

Une grande partie des activités des femmes sont liées aux occupations familiales comme l'agriculture, l'élevage des animaux, l'exploitation de la forêt, etc. Ces contributions des femmes, qui travaillent sans salaire dans les fermes familiales, peuvent se fondre dans le travail familial, devenir invisibles ou être considérées comme « secondaires, marginales et supplémentaires ». Il est aussi possible que les femmes ne déclarent pas leurs occupations agricoles comme du travail malgré le fait que, pendant la saison des récoltes, elles peuvent passer jusqu'à 16 heures par jour dans les champs (Khan et Midhet, 1991, cités dans Koblinsky et al., 1993b).

Bien que l'OIT ait élargi sa définition du travail productif en 1982 de façon à comprendre « tout travail rémunéré ou générant un profit » et « toute production et tout traitement des produits primaires, que ce soit pour le marché, l'échange ou la consommation à la maison », la nouvelle norme est loin d'être universellement appliquée et, dans la plupart des pays, seule une faible partie de la production des femmes est mesurée. Les enquêteurs qui effectuent les sondages, des hommes la plupart du temps, peuvent ne pas identifier ce que font les femmes comme du « travail », mais considérer que cela fait partie de leurs responsabilités domestiques (Greenhalgh, 1991 ; Nayak-Mukherjee, 1991). Les difficultés associées à la collecte de statistiques sur le travail des femmes aux Philippines ont été décrites par Illo (1991, p. 4) :

Lors de la collecte de données sur le travail ou la population active, les enquêteurs chargés de recueillir les statistiques ou les données de recensement interrogent très souvent superficiellement les femmes sur ce qu'elles font, ce à quoi un nombre infini de femmes, particulièrement dans les régions rurales, répondent : « Rien ». Il faut noter que le travail des femmes, particulièrement dans les régions rurales, comprend de nombreuses « entreprises » même si elles sont de peu d'envergure. [ ... ] Les femmes considèrent tout cela comme faisant partie des tâches d'une bonne maîtresse de maison. Le recenseur, qui n'a pas été sensibilisé aux subtilités de la façon dont les gens se décrivent, enregistre un très grand nombre de femmes comme « simples ménagères » qui, par définition, « ne travaillent pas ». (Traduction libre.)

Le travail des femmes dans le secteur non structuré continue à être négligé bien qu'elles n'aient souvent pas d'autre choix et que ce soit un élément crucial de leur survie économique puisqu'elles ne peuvent souvent pas trouver de travail dans le secteur officiel. Comme Greenhalgh (1991, p. 6) l'a fait remarquer : « ... les processus globaux de restructuration économique et de déréglementation du travail ont abouti à la fois à une non-officialisation et à une féminisation de la population active dans bien des pays ». Beaucoup de femmes sont dans une situation où le mari (s'il y en a un) ne gagne rien ou pas assez pour garantir une base d'existence minimale. Le revenu gagné par les femmes dans le secteur informel devient indispensable au fonctionnement du ménage. « Si j'avais un petit commerce, a déclaré une femme du Tchad, je pourrais donner à mon enfant ce dont il a besoin, ce que son cœur désire » (Wyss et Nandjinger, 1995).

La division du travail
entre les sexes

Dans le monde entier, on fait une distinction marquée entre le « travail des femmes » et le « travail des hommes ». D'après Acevedo (1994), cette différenciation trouve son origine dans la division sexuelle du travail dans la famille et se perpétue dans l'organisation sociale du travail en dehors de la maison. Les hommes sont souvent les premiers responsables des tâches qui requièrent un grand effort physique, comme la coupe des arbres, la chasse, la préparation de la terre pour l'exploitation agricole, et des travaux qui s'effectuent au loin, comme la conduite des troupeaux (Momsen, 1991). Dans la plupart des cultures, l'application des insecticides est considérée comme une tâche masculine (Momsen, 1991). Les femmes, quant à elles, sont plutôt chargées d'élever les enfants, de s'occuper des membres de la famille et de produire les biens matériels qui sont consommés directement par la famille, comme la nourriture et les vêtements (Acevedo, 1994). En agriculture, « les femmes effectuent les tâches répétitives et qui prennent du temps, comme le désherbage, et celles qu'elles peuvent effectuer près de la maison, comme l'entretien du potager. » (Momsen, 1991, p. 50).

Dans la population active, on peut observer la division du travail entre les sexes dans la concentration des femmes au sein d'une gamme étroite de professions traditionnelles ou « féminines » qui sont généralement mal payées et peu prestigieuses (OIT, 1994). Les femmes travaillent dans l'enseignement, les bureaux, la vente et les services domestiques, alors que les hommes travaillent dans la fabrication, le transport, la gestion, l'administration et la politique (undiesa, 1991). Cette tendance générale existe dans les pays industrialisés tout comme dans les pays en développement. Au Canada, en 1993, bien que la participation des femmes aux professions traditionnellement dominées par les hommes se soit accrue, 71 % de toutes les femmes qui travaillaient étaient employées dans cinq groupes professionnels bien définis -- l'enseignement, les soins infirmiers ou autres emplois liés à la santé, le travail de bureau, la vente et les services (Condition féminine Canada, 1994).

La division du travail entre les sexes persiste même quand les femmes et les hommes travaillent dans la même industrie, le même emploi ou la même profession ; on retrouve généralement les hommes dans les postes plus élevés alors que les femmes occupent fréquemment des emplois demandant peu de compétences et offrant peu d'occasions d'avancement. Dans le secteur des textiles, par exemple, les femmes travaillent surtout comme ouvrières et opératrices de production ; en électronique, elles travaillent à la chaîne et, dans l'industrie du vêtement, comme tailleuses, opératrices de machine à coudre et repasseuses. De plus, les données laissent entendre que, lorsqu'une profession devient « à prédominance féminine », son statut économique et social diminue (OIT, 1985).

Travail des femmes et
risques associés

Cette partie porte sur divers types de travail effectués par les femmes et certains des risques pour la santé qui y sont associés. Elle traite d'abord du travail des femmes dans le secteur agricole, le secteur des services et le secteur industriel, puis des risques pour la santé liés au travail à domicile, un secteur en pleine expansion. Enfin, elle examine en détail des risques associés au travail ménager. Bien que ces catégories ne couvrent pas toutes les variétés de travail des femmes, elles représentent une portion importante des activités effectuées par les femmes dans les pays en développement.

Il faut aussi noter que ces catégories de travail des femmes empiètent les unes sur les autres. Par exemple, le « travail ménager » peut comprendre des responsabilités agricoles. De plus, les femmes employées dans le secteur industriel peuvent effectuer leur travail à la maison et pourraient donc être également classées comme travailleuses à domicile.

Le secteur agricole

Dans bon nombre de pays en développement, la plupart des femmes travaillent dans le secteur agricole -- qu'elles fassent partie de la main-d'œuvre agricole rémunérée ou qu'elles pratiquent l'agriculture de subsistance. Elles peuvent travailler dans le secteur de production agricole primaire aussi bien que dans les secteurs du traitement, de l'entreposage et de la commercialisation des produits agricoles.


Je suis ouvrière, organisatrice, directrice, administratrice,
conseillère, médecin, infirmière, femme de ménage, jardinière,
peintre, menuisière -- tout ce que vous voulez ! En d'autres
termes, je suis la femme à tout faire.

-- Une femme noire du Nord du KwaZulu-Natal (Afrique du Sud)
citée par Pagé (1995, p. 8)

En Afrique subsaharienne, près de 80 % des femmes économiquement actives travaillent dans le secteur agricole (undiesa, 1991). Les femmes africaines produisent 80 % de la nourriture consommée sur place et au moins 50 % des récoltes destinées à l'exportation (undiesa, 1991). Une étude effectuée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) révèle que 80 % du transport et de l'entreposage des récoltes, 70 % du désherbage et du binage et 50 % de l'ensemencement et de la plantation sont effectués par des femmes (Haile, 1994).

Bien que, dans plusieurs pays d'Asie, il y ait eu un déplacement général, ces dernières années, vers les secteurs non agricoles de l'économie (Nayak-Mukherjee, 1991), le nombre de femmes qui travaillent dans le secteur agricole reste élevé. Dans tout le sud-est de l'Asie et le sous-continent indien, au moins 70 % de la population active féminine travaille dans le secteur de l'agriculture (undiesa, 1991). Une étude de l'OIT, qui décrit en détail la façon dont les femmes des régions rurales occupent leur temps, indique que jusqu'à 90 % des femmes des régions rurales du centre de l'Inde s'adonnaient à l'agriculture (Chatterjee, 1991). Au Bhoutan et au Népal, plus de 95 % des femmes économiquement actives travaillent dans le secteur de l'agriculture (ONU, 1991).

Malgré ces taux de participation élevés et la contribution importante que les femmes qui travaillent dans le secteur agricole apportent à l'approvisionnement du monde en nourriture, rares sont les recherches sérieuses sur les risques pour la santé associés à ce travail. Il arrive même que les recherches ignorent systématiquement le travail des femmes. Au Canada, par exemple, Messing (1991) rapporte que les travailleuses agricoles ont été exclues d'une importante recherche continue sur le cancer parmi les exploitants agricoles, intitulée « Étude sur la mortalité des exploitants agricoles canadiens », parce que la définition d'« exploitant » utilisée par Statistique Canada ne comprenait que les propriétaires d'exploitation agricole et que les femmes constituaient moins de 4 % de cette catégorie.

Nous savons bien que le travail agricole des femmes est ardu et fatiguant. Le type de tâches que les femmes effectuent -- désherbage, ramassage et tri -- les exposent à des risques élevés de blessures, de maux de dos, de graves douleurs arthritiques, de défauts posturaux et de maux de jambe. Le travail physique dur et répétitif exigé en agriculture est associé aux troubles musculo-squelettiques et aux troubles des tissus mous ainsi qu'aux arthroses des mains, des genoux et des hanches. Les travailleuses agricoles du sud de l'Inde (Kerala et Tamil Nadu), qui prennent part aux diverses étapes de la production du riz, ont signalé qu'elles demandent souvent à leurs enfants de leur marcher sur le dos le soir après une journée de transplantation pour soulager la douleur et leur permettre de retourner au travail le lendemain (Mencher, 1988).

Les femmes peuvent devoir travailler sous une pluie battante comme en plein soleil avec les pieds enfoncés dans la boue (Mencher, 1988). La station dans l'eau et dans la boue toute la journée lors de la transplantation peut provoquer une rupture des talons (Mencher, 1988). Les femmes peuvent aussi être davantage exposées à toutes sortes d'infections et de maladies parasitaires (Chatterjee, 1991 ; Mencher, 1988).

Le travail agricole des femmes est souvent effectué sans aucune aide mécanique. En fait, lorsque les technologies agricoles (p. ex. les machines pour le défrichement de la terre, le labourage, le moissonnage et le battage) sont introduites par les organismes de développement, la technologie et la formation connexe sont parfois exclusivement réservées aux hommes (Butler et al., 1987).


Dans l'industrie de la culture du riz au Viet Nam , les femmes
assument un certain nombre de responsabilités dont elles
s'acquittent habituellement avec des instruments agricoles
rudimentaires pour le labourage, l'ensemencement,
la transplantation, la surveillance, le désherbage et la récolte.
Les femmes du Viet Nam passent souvent entre 16 et 18 heures
par jour au travail, alors que les hommes n'y passent qu'entre
12 et 14 heures.

-- Nguyen Thi Hoa Binh, Syndicat des femmes du Viet Nam, Hanoï (Viet Nam)

Dans les pays en développement, les insecticides sont souvent mal utilisés et, dans beaucoup d'entre eux, les dangers associés à leur usage excessif risquent d'augmenter à mesure que les femmes se retrouveront en plus grand nombre dans les secteurs d'exploitation agricole aux fins d'exportation. Les insecticides sont absorbés par la peau, par inhalation et par ingestion. Les hommes, qui sont habituellement responsables de la fumigation des récoltes, peuvent être exposés à des doses élevées d'insecticides pendant de courtes périodes, faute de protection adéquate pendant l'application. Dans un rapport publié en 1989, Strengthening Women, l'International Centre for Research on Women (ICRW) déclare que :

Les femmes [ ... ] font la plus grande partie du travail à la main (comme le désherbage, le ramassage et le tri) dans les champs après la pulvérisation, ce qui a pour effet de les exposer aux insecticides pendant des périodes prolongées quasiment sans aucune protection vestimentaire. L'exposition aux insecticides représente un risque non seulement pour la santé des femmes, mais aussi pour celle des enfants non encore nés et des enfants nourris au sein. (Traduction libre.)

Même si ce sont généralement les hommes qui sont chargés de l'application des insecticides, dans les plantations de cacao et de palmiers à huile de Malaisie, les personnes qui se déplacent à pied et pulvérisent manuellement les insecticides sont presque toujours des femmes (la plupart du temps, les hommes conduisent les camions de pulvérisation et autres équipements plus sophistiqués). Les insecticides utilisés, comme le paraquat, sont toxiques s'ils sont ingérés et produisent des vapeurs délétères quand ils sont pulvérisés ; les femmes signalent des troubles de la vue, y compris la cécité (apdc, 1992).

Suivant le type d'insecticide, l'exposition peut entraîner des problèmes neurologiques et des problèmes de comportement, des dermatites, des troubles de la reproduction, des problèmes pulmonaires, des troubles du foie, des lésions oculaires (y compris l'abrasion de la cornée) et certains types de cancer (Engberg, 1993). Les femmes qui travaillent dans les plantations de Malaisie ont fait état d'autres effets des insecticides tels qu'étourdissements, douleurs musculaires, démangeaisons, brûlures de la peau, ampoules, difficultés à respirer, nausées, changement de la couleur des ongles et troubles oculaires (Labour Resource Centre, 1995).

Certains produits chimiques utilisés en agriculture ont été associés à des défauts génétiques chez les enfants. Des avortements spontanés, des naissances d'enfants mort-nés et des naissances prématurées ont aussi été attribués à quelques-uns de ces produits chimiques (Messing, 1991). Ce qui est tragique, c'est qu'il arrive qu'on se débarrasse dans les pays en développement des produits chimiques qui ont été interdits dans les pays où ils ont été fabriqués à l'origine à cause de leurs effets nocifs sur la santé (Puta, 1994).

Dans une étude menée par le Health Research and Consultancy Centre, 40 % des femmes qui travaillent dans le secteur agricole à Sigchos, en Équateur, avaient des taux élevés de toxines dans le sang. Les produits chimiques utilisés en agriculture (insecticides et engrais) s'infiltraient dans le système sanguin des femmes par l'inhalation et le contact avec la peau et provoquaient des cancers, des fausses couches, des troubles rénaux et des maux de tête (MacMillan, 1995).

Au Chili, environ 200 000 travailleurs temporaires, dont la plupart sont des femmes âgées de 20 à 29 ans, sont employés au ramassage et à l'emballage des fruits dans l'industrie florissante de l'exportation agricole qui permet à ce pays d'expédier des fruits dans le monde entier. Cependant, il y a un côté sombre à l'industrie des fruits du Chili. Une étude a montré que trois fois plus d'enfants étaient nés avec des malformations congénitales entre 1988 et 1990 dans un hôpital situé près d'une région agricole du Chili (l'hôpital régional de Rancagua) qu'à l'hôpital clinique de l'Université de Santiago. Les niveaux d'avortements spontanés étaient également particulièrement élevés à Rancagua : 211 pour 1 000 grossesses comparativement à 120 pour 1 000 à Santiago (cité dans Diebel, 1995). Victoria Mella, qui a effectué la recherche, a commencé à étudier la question après avoir observé qu'un nombre exceptionnellement élevé de jeunes femmes avortaient de fœtus grotesquement déformés. Comme le décrit Diebel (1995, p. A18) :

Le dénominateur commun était qu'elles avaient toutes travaillé dans l'industrie agricole, souvent depuis l'âge de 12 ans [ ... ]. [ Au Chili ] des milliers de jeunes femmes passent leurs années de fécondité dans des champs saturés d'insecticides, dans la peur que leurs bébés naissent horriblement déformés. Elles ne portent pas de vêtements de protection et ne peuvent compter sur aucun syndicat ni aucune norme gouvernementale sur la santé pour les protéger [ ... ]. Toutes [ les femmes ] se plaignent du manque de masques et de protections vestimentaires, de l'eau potable contaminée, de toux constantes, d'allergies, de troubles des bronches, de spasmes musculaires et d'étourdissements. (Traduction libre.)

Les travailleurs ne sont jamais correctement informés des multiples effets nocifs des produits chimiques agricoles et ne reçoivent pas toujours de vêtements de protection. Dans le secteur de l'exportation de fleurs, en Équateur, on a signalé que des femmes, forcées de satisfaire aux quotas de production, sont entrées dans des champs qui venaient d'être traités avec des produits chimiques, sans porter de masques ni de vêtements de protection (Paolisso et Blumberg, 1989). Les femmes qui travaillent dans les champs, en Équateur, ne savaient pas qu'il fallait laver les vêtements pour les débarrasser des produits chimiques agricoles si des insecticides avaient été utilisés (MacMillan, 1995).

S'il n'y a pas d'installations qui permettent de se laver sur place, les travailleuses agricoles risquent de prendre leurs repas alors qu'elles ont encore les mains couvertes des insecticides utilisés dans les champs où elles travaillent (Messing, 1991). Le manque d'informations sur les dangers des insecticides signifie que les travailleuses ne se doutent pas des risques qu'elles courent et utilisent souvent des contenants chimiques abandonnés et contaminés par les insecticides pour y garder l'eau potable (LaDou, 1993).

Le traitement des produits agricoles peut aussi avoir des effets nocifs sur la santé. Par exemple, au Brésil, au Mozambique et à Sri Lanka, on produit des noix de cajou aux fins d'exportation et ce sont les femmes qui traitent les récoltes. Cela suppose que l'on retire la noix de son écorce extérieure qui contient un acide dangereux pour la peau si l'on ne porte pas de vêtements de protection (Momsen, 1991). Le manioc, importante culture vivrière de l'Afrique tropicale et de nombreux pays du Pacifique, dégage lors de sa préparation un poison mortel : l'acide prussique. Les femmes -- principales responsables du traitement du manioc -- peuvent donc être exposées aux émanations d'acide prussique et en subir les effets nuisibles (Ferrar, 1992).

Les femmes constituent une partie importante de la main-d'œuvre utilisée pour la culture du tabac dans beaucoup de pays en développement où elles travaillent dans les champs et les usines de traitement. En Indonésie, les fabricants de cigarettes utilisent environ 15 millions de gens, pour la plupart des femmes. Au Brésil, les femmes arrachent les feuilles de tabac de la tige dans des entrepôts où l'humidité et l'odeur du tabac peuvent provoquer des migraines, des vomissements, des étourdissements et des difficultés respiratoires (Greaves et al., 1994). Il est urgent de poursuivre les recherches sur l'incidence de la culture du tabac sur la santé des femmes.

Il faut noter que les maladies liées au milieu de travail des femmes, qu'elles soient le résultat de la participation des femmes à l'agriculture ou à d'autres industries, peuvent être exacerbées par un certain nombre de facteurs qui influent sur la santé et le bien-être général des femmes. Par exemple, la mauvaise alimentation et le manque de repos, souvent associés à la pauvreté, peuvent accroître les effets des maladies dans le lieu de travail (Haile, 1994 ; Puta, 1994). Comme le note Messing (1991), un organisme jeune et en bonne santé résiste mieux aux risques associés aux produits chimiques dans le lieu de travail qu'un organisme en mauvaise santé ou plus âgé -- un organisme mal nourri peut avoir plus de mal à tolérer l'air pollué.

De plus, les infections et les maladies parasitaires qui ne sont pas nécessairement liées au travail (p. ex. le paludisme, l'ankylostome et le sida) peuvent aggraver les effets des maladies associées au travail des femmes.


Au Venezuela, les femmes sont concentrées dans ce qu'on appelle
des « ghettos de femmes ». Par exemple, deux fois plus de femmes
que d'hommes travaillent dans le secteur des services comme
les restaurants, les hôtels et le travail domestique.

-- Doris Acevedo, Université de Carabobo, Maracay (Venezuela)

Le secteur des services

Les services constituent un important secteur d'emplois pour les femmes. Les emplois dans le secteur des services comprennent les soins infirmiers, le travail de secrétariat, l'enseignement, les ventes et le travail de restauration. Les femmes travaillent aussi dans les restaurants et les hôtels et occupent des emplois domestiques. Ces types d'activités sont considérées « typiquement féminines » parce qu'elles sont perçues comme une extension du rôle traditionnel des femmes.

En Amérique latine et dans les Antilles, 71 % des femmes économiquement actives travaillent dans le secteur des services tandis qu'en Asie, le pourcentage est de 40 %. En Afrique, cependant, seulement 20 % des femmes considérées comme économiquement actives travaillent dans ce secteur (undiesa, 1991).

Le travail dans le secteur des services, parmi ceux qu'il est convenu d'appeler les « ghettos de femmes » (Acevedo, 1994), se caractérise notamment par un minimum de prise de décisions et par les interactions avec le public. Bien que les rapports avec le public et l'attention aux besoins des autres puissent être gratifiants, ils peuvent aussi être très exigeants et difficiles (Messing, 1991), et provoquer des niveaux élevés de stress, l'épuisement et l'usure au travail. Le stress excessif accroît les risques d'accidents dans le lieu de travail ainsi que les possibilités de maladies cardio-vasculaires (Lowe, 1989). Ces emplois, qui consistent en tâches monotones avec un minimum de créativité et peu de contrôle sur l'environnement extérieur, peuvent contribuer à l'apparition de troubles mentaux (Acevedo, 1994).

La demande de travailleuses domestiques pour s'occuper des enfants et s'acquitter d'autres responsabilités domestiques a grandement augmenté dans certains pays à mesure qu'un nombre croissant de femmes prenaient un emploi salarié à plein temps à l'extérieur de la maison. Par conséquent, les travailleuses domestiques en provenance des pays en développement émigrent de plus en plus dans les pays industrialisés (p. ex. des Philippines et des Antilles au Canada ; et des Philippines à Hong-Kong et à Singapour). Ces femmes peuvent souffrir d'angoisse affective à cause de l'éloignement de leur famille, être assujetties à des conditions de travail difficiles et à l'insécurité d'emploi et être exposées à des risques de mauvais traitements de la part de leur employeur (Grandea, 1994).

C'est souvent par la ruse que les femmes du Bangladesh, de l'Inde, des Philippines et de Sri Lanka sont persuadées de s'expatrier au Koweït, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis pour travailler « pratiquement comme esclaves pour de riches familles arabe » (Serrill, 1995, p. 57). Serrill dit encore (p. 57) :

Il n'est pas rare de voir des domestiques forcées de travailler de l'aube jusqu'à minuit et ce, tous les jours de la semaine. Souvent, on ne leur donne à manger que des miettes ou des restes ; elles sont battues et insultées et, dans la pire des éventualités, violées et assassinées. Ce n'est que dans les cas les plus notoires que l'employeur sera accusé d'abus sexuel ou de voies de fait. (Traduction libre.)

En outre, comme le rapporte Dickson (1995) :

Les travailleuses domestiques sont exposées aux multiples risques de l'environnement familial où se produisent la plupart des accidents. Ces risques comprennent l'exposition aux poisons dans les insecticides et les produits de nettoyage, de longues stations debout, de fréquentes demandes d'heures supplémentaires et de travail pendant les fêtes, ce qui prive leur famille de leur présence, tout cela pour une rémunération le plus souvent insuffisante. Dans ce secteur en pleine croissance, beaucoup de femmes ont choisi de ne pas être des ménagères à plein temps, mais elles n'ont pas nécessairement amélioré les conditions de travail de celles qui sont appelées à les remplacer. (Traduction libre.)

Les problèmes de santé et les conditions de travail des enseignants des années intermédiaires dans l'État de Maracay, au Venezuela (dont environ 75 % sont des femmes) ont été étudiés par Acevedo (1994). Un examen des dossiers médicaux des éducateurs a permis de constater que les problèmes de santé suivants étaient les plus courants : dépression, hypertension et problèmes de la voix. Les causes les plus fréquentes d'absentéisme étaient la dépression, l'anxiété, les maux de tête permanents, la diaphonie fonctionnelle, des nodules sur les cordes vocales et l'hypertension. Acevedo ( 1994 ) a fait remarquer que ces troubles sont liés aux caractéristiques spécifiques de l'enseignement : travail avec le public, journée de travail intensive, utilisation excessive de la voix, bas salaire et faible prestige social.

Dans plusieurs pays, les femmes constituent jusqu'à 75 % de la main-d'œuvre du secteur de la santé (Jones et Catalan, 1989 ; Strebel, 1994 ; Lule et Ssembatya, 1995). La majorité des postes les mieux payés, les plus prestigieux et les plus chargés de pouvoir, comme les postes de médecin et de directeur, continuent cependant à être occupés par des hommes. Les femmes, par contre, ont tendance à assumer des rôles moins bien considérés et pauvrement payés (ou non payés) bien qu'essentiels, et sont infirmières, sages-femmes, auxiliaires médicales et agentes sanitaires communautaires ainsi, traditionnellement, qu'assistantes à l'accouchement.

Les femmes constituent la vaste majorité des bénévoles dans les hôpitaux, les cliniques d'entraide et autres organismes de santé communautaires malgré leur charge de travail déjà lourde à la maison (Lange et al., 1994). En fait, le succès des programmes de soins de santé primaires et des stratégies pour la survie des enfants est dû en grande partie à la participation des femmes (Leslie et al., 1988 ; Kwawu, 1994). Les femmes s'acquittent de tâches multiples et essentielles comme l'éducation des mères sur l'importance des soins prénatals, la bonne alimentation pendant la grossesse, l'allaitement, le sevrage, les vaccinations, le traitement de la diarrhée, le suivi de la croissance des bébés et des jeunes enfants et les thérapies orales de réhydratation. Elles dispensent des conseils et des traitements simples ; apportent un soutien social et affectif aux membres de la communauté ; surveillent la tension artérielle des gens ; leur conseillent, le moment venu, de s'adresser aux services de santé et prennent rendez-vous pour ceux qui ont besoin d'aide ; en outre, elles participent à diverses campagnes de prévention (Banque mondiale, 1993 ; Lange et al., 1994). Dans les pays en développement, les assistantes traditionnelles à l'accouchement mettent au monde la plupart des bébés.

C'est le cas au Laos, par exemple (Boupha, 1995) :

Menées par les membres du Syndicat des femmes lao, les femmes du Laos, en tant que grand-mères, mères, filles, nièces, tantes et voisines, jouent un rôle important dans la famille et la communauté où elle dispensent une formation sur la santé [ ... ]. Elles sensibilisent la communauté à l'importance de la vaccination des enfants et la renseignent sur des sujets comme les activités sanitaires, la planification familiale, la contraception et les méthodes d'espacement des naissances. (Traduction libre.)

L'enthousiasme et l'empressement des femmes à travailler comme pourvoyeuses bénévoles de soins de santé correspondent aux attentes et aux stéréotypes sexuels. D'après les attentes et les responsabilités définies par la société, les femmes sont supposées servir, nourrir et comprendre les autres -- sans ostentation et sans attendre de remerciements --, ne jamais rejeter les demandes qui leur sont adressées et ne pas s'intéresser aux compensations monétaires (Lange et al., 1994). De fait, dans cette étude effectuée par Lange et al. sur les dispensatrices de soins de santé à Santiago du Chili, plus de la moitié des femmes interviewées ne s'attendaient à aucune compensation économique pour leur travail. Elles insistaient sur le fait qu'elles étaient fières de travailler bénévolement et qu'une rétribution diminuerait la valeur de leur travail. Celles qui indiquaient qu'elles aimeraient être payées disaient qu'elles utiliseraient l'argent pour réduire les frais associés à l'accomplissement de leur tâche et pour acheter les instruments nécessaires à leur travail.


Nous avons appris dans le programme que la santé est très
importante, que nous devons apprendre beaucoup de choses,
non pas tant comment traiter les maladies que comment les
prévenir. Le programme m'a beaucoup aidée parce que, en tant
que femme, bien que je sois toujours un peu timide, je parle déjà
aux autres, et nous échangeons les unes avec les autres, d'égale
à égale. C'est bien de traiter avec les gens de la communauté
et de leur apprendre des choses. Quelquefois, on est bien accueilli,
quelquefois on ne l'est pas, mais finalement les gens comprennent
ce qu'on leur apprend.

-- Une participante à un programme de développement et d'éducation en soins de
santé primaires en Colombie, citée par Collazos (1994).

Bien que ce ne soit pas l'objectif premier des programmes, la participation des femmes aux programmes de soins de santé primaires contribue souvent à leur perfectionnement personnel et leur procure une immense satisfaction. Dans l'étude menée par Lange et al. (1994) sur les pourvoyeuses bénévoles de soins de santé au Chili, les femmes avaient envie de faire ce travail à cause du perfectionnement personnel qu'elles pourraient tirer de la formation ainsi que de leur perception que le travail représentait une occasion de servir la communauté. Les femmes ont déclaré que leur travail leur permettait d'établir des relations positives avec les membres de la communauté et leur fournissait l'occasion d'aider les autres, ce qui leur donnait un sentiment positif, les aidait à faire bon usage de leur temps et les enrichissait personnellement. La formation les aidait à devenir plus autonomes et mieux capables de faire face à certaines situations quotidiennes. Ainsi, certaines femmes ont déclaré qu'avant de dispenser des soins de santé, elles n'avaient pas assez confiance en elles pour parler en public ou discuter avec les médecins ou d'autres professionnels de la santé. La formation a augmenté leur estime de soi et leur aptitude à entreprendre des tâches importantes (Lange et al., 1994).


La contribution des femmes à titre de pourvoyeuses de soins de
santé est sous-évaluée et les femmes sont découragées par ce
manque de reconnaissance. Elles risquent d'être perçues et
traitées comme des ressources à exploiter jusqu'à épuisement.

-- Ilta Lange, École de sciences infirmières, Universidad Católica de Chile
Santiago ( Chili)

Même si les femmes peuvent tirer beaucoup de satisfaction de leur rôle de dispensatrices de soins de santé, elles peuvent aussi se sentir frustrées et découragées parce que la valeur de leur contribution n'est pas pleinement reconnue. Ce manque de reconnaissance peut avoir un effet négatif sur la stabilité, la continuité et l'efficacité de leur travail (Lange et al., 1994). Dans cette étude, lorsque les auteurs ont demandé aux femmes ce qu'elles n'aimaient pas dans leur « travail bénévole » pour la communauté, 75 % ont cité des éléments en rapport avec la réaction des gens face à leur désir d'aider, mentionnant l'apathie, le manque de coopération, la critique, le manque de reconnaissance et le fait que leur travail n'était pars reconnu par la communauté qu'elles servaient (Lange et al., 1994).

De même, au Bangladesh, les assistantes traditionnelles à l'accouchement, appelées dai, ont déclaré que leurs services ne recevaient pas la reconnaissance qui leur était due. Par exemple, bien que les dai soient largement reconnues comme des femmes expérimentées dont la présence est requise lors des accouchements, il arrivait qu'elles ne reçoivent pas de paiement comptant ni de cadeau convenable, comme un sari, lorsqu'elles avaient réussi un accouchement (Rozario, 1995). En revanche, tout médecin présent recevait toujours des honoraires substantiels, même lorsque c'était la dai qui avait effectivement mis l'enfant au monde alors que le médecin se contentait d'observer. Malgré ce manque de gratitude, les assistantes traditionnelles à l'accouchement ont dit qu'elles continueraient à aider les familles qui requéraient leur aide. Comme l'a dit une dai : « Qu'est-ce que je peux faire ? Je connais le travail, les gens m'appellent, je ne peux pas dire non » (Rozario, 1995).

Compte tenu du rôle utile et essentiellement bénévole que jouent les pourvoyeuses de soins de santé, il y a un risque que les services de santé comptent de plus en plus sur les femmes. Toute réduction supplémentaire des programmes de santé financés par l'État signifie un accroissement du fardeau des femmes. De plus, à cause de la façon dont les femmes ont été élevées, elles ne peuvent pas se plaindre de la situation. Il faut prendre des mesures pour veiller à ce que les pourvoyeuses de soins de santé ne soient pas exploitées et que leur travail soit pleinement reconnu (Lange et al., 1994).

Le secteur industriel

Dans beaucoup de pays en développement, la participation des femmes à la population active industrielle a augmenté au cours des vingt dernières années. Dans les économies nouvellement industrialisées, comme la Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour et Taïwan, et d'autres comme la Malaisie, le Mexique, les Philippines, la Thaïlande et certains pays des Antilles, les femmes occupent maintenant de plus en plus d'emplois dans les usines et sont donc exposées à de nouveaux risques pour leur santé en milieu de travail (Vickers, 1991 ; Jacobson, 1993).

Certains pays en développement ont établi des zones de production économique ou zones de libre-échange qui offrent divers encouragements, comme des formules d'impôt intéressantes et une main-d'œuvre bon marché, bien disciplinée, manuellement adroite et hautement productive pour encourager les corporations multinationales à y installer des unités de production (Nayak-Mukherjee, 1991 ; Vickers, 1991). Certains gouvernements ont tenté d'accroître les avantages comparatifs de leur pays en renonçant aux lois sur la protection des travailleurs qui augmentent les coûts de main-d'œuvre (LaDou, 1993). Le gouvernement de Malaisie a annoncé « une main-d'œuvre bon marché, docile, très facile à former et non syndiquée » pour attirer les investissements étrangers (Lim, 1988, p. 37). Dans les zones de libre-échange du sud et du sud-est de l'Asie, les travailleurs des secteurs à forte intensité de main-d'œuvre, comme ceux de l'électronique, des textiles et de la chaussure, sont essentiellement des femmes (de 75 à 90 %), célibataires et jeunes (de 15 à 29 ans) (Nayak-Mukherjee, 1991 ; Yen, 1995). Bon nombre d'auteurs ont soutenu que le dynamisme et la croissance économique auxquels on assiste dans les économies des pays du sud-est de l'Asie sont dans une large mesure attribuables à la participation des femmes, car les secteurs qui ont été le moteur de la croissance sont aussi ceux où la main-d'œuvre féminine domine (Nayak-Mukherjee, 1991).

Les conditions de travail dans ces usines sont souvent abominables. Les femmes ne peuvent habituellement obtenir que les emplois les moins payés qui demandent le moins de compétences, faute d'occasions de formation et d'éducation (Vickers, 1991) et à cause de la discrimination systémique entre les sexes. Elles travaillent généralement dans des industries non réglementées qui peuvent être hors de la portée des lois sur la santé et la sécurité au travail et des syndicats (Banque mondiale, 1993 ; OIT, 1985). Il a été dit que certaines sociétés restreignent le nombre d'années d'emploi de chaque femme pour limiter le nombre de travailleuses chevronnées qui risqueraient de demander des salaires plus élevés (OIT, 1985 ; Nayak-Mukherjee, 1991). D'autres usines contrôlent la vie des femmes 24 heures sur 24 en les installant dans des dortoirs.

Ce type de travail en usine entraîne un stress considérable. Les travailleuses sont habituellement soumises à des objectifs de productivité extrêmement élevés et peuvent travailler sept jours par semaine à des tâches monotones, à toute heure du jour ou de la nuit. Les employées d'usine qui travaillent à la pièce, ou qui sont payées à l'heure, sont soumises à des contraintes de temps extrêmes, ce qui peut être cause d'anxiété et de stress. Le rythme de travail accéléré peut amener les travailleuses à négliger de prendre des précautions de sécurité importantes, ce qui accroît le risque d'accident (Messing, 1991).


Les jeunes filles et les jeunes femmes constituent une cible
particulière dans un milieu hautement compétitif où elles sont
vues comme une source de travail bon marché et comme une
main-d'œuvre docile, facile à embaucher et à congédier lorsqu'on
n'a plus besoin d'elle. Des dizaines de milliers de fillettes travaillent
dans des usines où elles utilisent des outils conçus pour des adultes,
transportent de lourdes charges et
travaillent de longues heures
sans pause et avec peu de normes de sécurité, sinon aucune,
pour les protéger.

-- A. El Bindari Hammad, Organisation mondiale de la santé, Genève (Suisse)

L'insécurité de l'emploi, du fait que les femmes peuvent perdre leur travail lorsque la production est réduite ou lorsque l'usine déménage, puisque les industries ne cessent de chercher de nouvelles sources de main-d'œuvre bon marché, ajoute encore au niveau de stress. D'après Nayak-Mukherjee (1991), on a assisté à des déménagements d'industries de Singapour en Indonésie, en Malaisie, en Thaïlande et de là à Sri Lanka et, très récemment, au Bangladesh et même en Chine. Il n'est pas surprenant que ces conditions stressantes provoquent des migraines, des dépressions nerveuses et l'épuisement professionnel (Nayak-Mukherjee, 1991).

Parmi les autres conditions de travail malsaines dans le secteur industriel, il y a le manque de ventilation, le manque de lumière, la chaleur, l'humidité, les radiations et la surpopulation, qui peuvent à la fois compromettre la santé physique et réduire la productivité (Soin, 1995). Le bruit, un problème extrêmement fréquent dans les usines (Banque mondiale, 1993 ; Puta, 1994), peut provoquer la surdité industrielle ; c'est également un important facteur de stress pour les travailleuses (Messing, 1991). Les installations sanitaires pour les femmes, comme les toilettes, sont souvent inadéquates. Par exemple, dans une usine typique du Bangladesh, où travaillent plus de 200 femmes et 50 hommes, il n'y avait qu'une salle de toilettes pour les femmes et une pour les hommes (Hossain et Sobhan, 1988).

La pollution de l'air intérieur peut provoquer des douleurs, des maux de tête et des problèmes respiratoires (Messing, 1991). Les effets nocifs de la concentration élevée de poussière sur la santé des travailleurs, particulièrement sur leur système respiratoire, est un fait bien connu dans le domaine de la santé au travail (Carasco, 1994 ; Haile, 1994). Outre les difficultés des voies respiratoires, la poussière a été associée aux accidents, à la maladie générale et à l'absentéisme (Meng et al., 1987).

Les résultats d'une étude menée par l'Institut national de la santé au travail et d'hygiène du milieu, à Hanoï, au Viet Nam (Nga, 1995), ont révélé ce qui suit :

Les travailleurs étaient exposés à des agents nocifs dans le lieu de travail, comme la chaleur, les gaz toxiques, le bruit, la poussière et les produits chimiques [ ... ]. Les caractéristiques du travail dans les industries qui utilisent les technologies nouvellement importées comprenaient le mouvement monotone de groupes de petits muscles, un air de mauvaise qualité dans les salles de travail [ ... ] et une différence marquée entre la température à l'intérieur et à l'extérieur. (Traduction libre.)

Les femmes, que les stéréotypes perçoivent comme passives, sont plus nombreuses dans les emplois qui requièrent une station debout ou assise prolongée, souvent dans des positions inconfortables et dans des sièges non ergonomiques. Les problèmes de santé associés au travail statique sont les douleurs musculaires, y compris les douleurs dans le dos, le cou et les épaules, et les crampes dans les jambes (Acevedo, 1994 ; Haile, 1994). La station debout prolongée, sans bouger, peut être nocive pour le système musculo-squelettique et gêner la circulation du sang dans les jambes, ce qui provoque des crampes, un engourdissement et une enflure du bas des jambes et des pieds (Corlett et Bishop, 1976 ; Waterfield, 1981 ; Messing, 1991).

Les travailleuses du secteur des textiles

Dans le secteur des textiles et des vêtements, dont la main-d'œuvre est constituée en majorité de femmes, la byssinose, ou « poumon brun », est une maladie professionnelle des poumons courante chez les travailleurs qui traitent le coton et sont exposés à la poussière de coton brut. Les symptômes comprennent l'essoufflement et l'oppression thoracique, et cela peut provoquer la bronchite chronique ou l'emphysème (Comité des femmes de l'Asie, 1987 ; Labour Resource Centre, 1995 ; Paolisso et Leslie, 1995).


Bien que certains risques soient évidents, d'autres sont insidieux
et lents à se manifester. Les travailleuses peuvent être exposées
à un air saturé de poussière, à des vapeurs et des gaz dans les
usines d'extraction chimique, à une humidification artificielle
dans les usines de coton, à des peintures et à des solvants qui
peuvent être absorbés par la peau. Leur travail à la chaîne
peut être une source d'extrême ennui.

-- Anne Kamoto Puta, Organisation zambienne de la santé et
de la sécurité au travail, Ndola (Zambie)

Les travailleuses du secteur des textiles peuvent être exposées à des produits chimiques nocifs et risquent de ne pas être conscientes des effets toxiques possibles des matériaux chimiques qu'elles manipulent (Puta, 1994). L'exposition aux produits chimiques utilisés pour la teinture, la décoloration et la résistance au rétrécissement peut provoquer l'irritation des yeux, des maux de gorge, des réactions allergiques et des éruptions cutanées (Comité des femmes de l'Asie, 1987).

L'utilisation d'une machine à coudre requiert des mouvements répétitifs des doigts, des poignets et des coudes exécutés à vitesse accélérée (apdc, 1990 ; Vézina et al., 1992) ; elle peut causer des douleurs extrêmes et persistantes et éventuellement provoquer des problèmes neurologiques et musculo-squelettiques tels que bursite, épicondylite, syndrome du canal carpien et ténosynovite du poignet (Kurppa et al., 1979 ; Messing, 1991 ; Punnett, 1985). Les travailleuses du secteur des vêtements ont tendance à avoir des accidents, comme se faire traverser le doigt par une aiguille, ce qui n'est pas surprenant lorsqu'on doit travailler très vite dans des conditions stressantes (Comité des femmes de l'Asie, 1987). Les opératrices de machine à coudre peuvent souffrir de douleurs aiguës dans le dos et la nuque et de problèmes dans les épaules et les coudes (Messing, 1991 ; Rowbotham, 1993). Une femme qui avait travaillé à la machine à coudre pendant plusieurs années concluait que les conséquences pour sa santé avaient été incroyables : « J'avais tout le temps les mains fatiguées, je ne pouvais rien soulever de lourd sans qu'elles me fassent mal » (Rowbotham, 1993).


Plus de la moitié des problèmes médicaux étaient de nature
respiratoire, situation directement attribuable à la concentration
élevée de poussière dans la fabrique de textiles.

-- Joseph Carasco, Centre de recherches fondamentales, Kampala (Ouganda)

Ce type de travail, comme une grande partie du travail des femmes en général, est ennuyeux, répétitif et monotone. Il offre également peu d'occasions de contact avec les autres. L'effet de ces conditions de travail sur l'esprit et la santé générale des travailleuses n'a pas été sérieusement étudié (Acevedo, 1994 ; Messing, 1991).

Enfin, les travailleuses du textile peuvent devoir utiliser un équipement dangereux (Berr, 1994 ; Carasco, 1994) sans dispositifs de protection ou sans recevoir la formation nécessaire pour apprendre à s'en servir sans danger. Les femmes du secteur des textiles en Éthiopie, par exemple, travaillent régulièrement sans dispositifs de protection (Haile, 1994).

Les travailleuses du secteur électronique

Comme l'industrie des textiles, l'industrie de l'électronique emploie surtout des femmes. Dans le secteur électronique de Malaisie, par exemple, 85 % de la main-d'œuvre est féminine -- et 92 % de ces emplois ne sont pas spécialisés. Qui plus est, en Malaisie, la concentration des femmes dans le secteur de l'électronique n'est pas une simple coïncidence puisque la présence d'une population active féminine nombreuse et peu payée est une des raisons bien connues pour lesquelles les sociétés décident de s'y installer (Labour Resource Centre, 1995).

Le principal risque pour la santé associé au travail des femmes dans le secteur électronique est lié aux troubles oculaires. Dans ce secteur, celles qui travaillent sur des chaînes d'assemblage de semi-conducteurs en utilisant des microscopes toute la journée pour attacher des fils minuscules à des puces de semi-conducteurs (apdc, 1990) souffrent souvent de fatigue oculaire qui peut provoquer la conjonctivite, la myopie, une détérioration de la vue et la diplopie (apdc, 1990 ; Nayak-Mukherjee, 1991).

De plus, toutes sortes de produits chimiques potentiellement dangereux peuvent être utilisés à différentes étapes du processus d'assemblage électronique, notamment le trichloréthylène, le méthyléthylcétone, le xylène, l'acétone, l'acide sulfurique et l'acide hydrochlorique. L'exposition à ces produits chimiques a été associée à des maladies cutanées et respiratoires ainsi qu'à des avortements spontanés (Labour Resource Centre, 1995 ; Yen, 1995).

Les travailleuses à domicile

Les risques pour la santé que courent les travailleuses à domicile requièrent une attention particulière parce que presque tous les gens qui travaillent à domicile sont des femmes et que ce secteur constitue une partie intégrante de l'économie parallèle dans la plupart des pays en développement. Par définition, le « travail à domicile » est la production d'un bien ou la prestation d'un service pour un employeur ou un entrepreneur dans un lieu choisi par le travailleur, souvent sa propre maison, habituellement sans contrôle direct de l'employeur ou de l'entrepreneur. On appelle aussi les travailleuses à domicile des « travailleuses à la pièce » (OIT, 1992b).

Bien qu'il soit difficile d'établir le nombre exact de travailleuses à domicile puisqu'elles ont peu de chances d'être incluses dans les statistiques, l'OIT a estimé qu'elles constituent entre 5 et 35 % du produit national brut dans plusieurs pays en développement sur lesquels elle a réuni des données (Misch, 1992).

De plus en plus, les travailleuses à domicile tendent à constituer une vaste économie parallèle internationale dans la plupart des pays industrialisés et des pays en développement puisque les entreprises réagissent à la concurrence internationale en fragmentant le processus de production et en comptant de plus en plus sur le travail effectué par les femmes dans leur propre maison (Messing, 1991 ). Les travailleuses à domicile « tissent des tapis en Turquie, cousent des chaussures en Italie, font des vêtements aux États-Unis, lavent du linge en Équateur et assemblent des éponges métalliques pour laver la vaisselle au Mexique » (Misch, 1992, p. 18).

Les types de travaux effectués par les travailleuses à domicile dans les pays en développement sont extrêmement variés. Elles participent à la production des vêtements, des textiles, du tabac, des tapis, des objets en osier et en cuir (OIT, 1992b) ; elles exécutent des tâches connexes comme le tri, le nettoyage, l'emballage et l'étiquetage ; de plus, elles peuvent participer au sous-montage de produits électriques et électroniques et également travailler dans les industries traditionnelles associées à la préparation des aliments et à la fabrication des produits artisanaux et de la poterie (Haile, 1994).

À première vue, le travail à domicile offre certains avantages pour les femmes. Parce que ces travailleuses sont souvent mariées avec des enfants, n'ont généralement qu'une éducation primaire (OIT, 1992b) et vivent souvent dans la pauvreté, le travail à domicile leur donne l'occasion de gagner un certain revenu tout en s'occupant de leurs enfants et en s'acquittant de leurs responsabilités ménagères (OIT, 1992b, 1994).

Cependant, bien qu'on ne sache pas grand-chose sur les conditions de travail des travailleuses à domicile, faute de données adéquates, les informations disponibles laissent entendre qu'elles sont généralement très mauvaises. Le travail à domicile suppose habituellement de très longues journées de travail, ce qui peut provoquer une extrême fatigue. Le paiement à la pièce étant extrêmement bas, les femmes ont tendance à travailler le plus longtemps possible. En Inde, par exemple, les femmes peuvent commencer avant l'aube à rouler des cigarettes et n'arrêter que longtemps après la tombée de la nuit. D'après l'une de ces rouleuses de cigarettes, les journées commencent à 5 h 30 et se terminent à 23 h 30 : « Ma vie a commencé avec les beedis [ cigarettes ] et il est bien possible qu'elle se termine de la même façon » (Misch, 1992, p. 18).

Les travailleuses à domicile doivent faire face à un grand nombre de problèmes similaires à ceux des femmes employées dans d'autres secteurs. Par exemple, comme une grande partie du travail des femmes en général, le travail à domicile est répétitif, monotone et manque de variété. Les travailleuses à domicile, comme les Indiennes qui fabriquent des bracelets et de la dentelle, peuvent souffrir de troubles oculaires à cause de la minutie que demande leur travail (Misch, 1992). Les travailleuses du tabac peuvent « avoir les bras enflés à force de couper le tabac et souffrir d'asthme à force de le respirer » (Misch, 1992). Un sondage des travailleuses à domicile effectué en 1986 par la Self-Employed Women's Association (SENA) à Gujarat, en Inde, a révélé que 90 % des femmes se plaignaient de maux de pieds et de jambes ; 82 %, de maux de dos ; et 31 % de douleurs aux mains. Les maux de tête, les douleurs abdominales et l'asthénopie sont d'autres problèmes signalés. Les travailleuses à domicile peuvent avoir des accidents liés à leur travail, par exemple se blesser avec les couteaux ou se piquer avec les aiguilles (OIT, 1992b).

Certains facteurs, qui distinguent le travail à domicile des autres formes de travail, créent des risques supplémentaires pour la santé et le bien-être des femmes. Pour commencer, comme les travailleuses à domicile ne sont pas enregistrées comme travailleuses et qu'elles ne travaillent pas aux termes de contrats fixes, leurs employeurs n'assument généralement aucune responsabilité pour leur santé et leur sécurité (Misch, 1992). Comme l'a déclaré Misch (1992, p. 19), elles sont « hors de la portée des lois et des règlements qui offrent aux travailleurs une certaine mesure de protection contre l'exploitation ». Comme l'a dit aussi une travailleuse à domicile de Malaisie, qui travaillait jusqu'après minuit la plupart du temps pour fabriquer de l'« argent » en papier utilisé dans les cérémonies funéraires chinoises : « Je m'inquiète du fait que je n'ai pas de protection en cas de maladie ou de chômage et j'ai souvent mal au dos et aux yeux » (Mitter, 1986, p. 119).


Habituellement exclues des emplois sûrs et syndicables du secteur
structuré, les femmes sont prêtes à accepter les emplois qui
peuvent les faire vivre, même s'il ne s'agit pas d'un emploi stable.

-- Swasti Mitter, Institut des nouvelles technologies,
Université des Nations Unies, Maastricht (Pays-Bas)
(voir Mitter, 1994)

Les travailleuses à domicile sont également isolées de leurs collègues (Messing, 1991) et n'ont pas accès à des moyens de pression comme les syndicats pour négocier leur salaire et formuler leurs préoccupations en matière de santé. En outre, comme il y a peu de chances pour que leur maison soit équipée ou conçue pour les tâches à accomplir, elles peuvent devoir travailler dans des positions particulièrement inconfortables, sans ventilation adéquate (Johnson, 1982). Enfin, Messing (1991) a fait remarquer que puisque les enfants peuvent être présents dans le lieu de travail, les femmes sont souvent obligées de partager leur attention entre les soins aux enfants et le travail, ce qui accroît les risques d'accident à la fois pour elles-mêmes et pour leurs enfants.

Le travail ménager


Il n'existe pas de définition du « travail ménager », si bien que
cela devient l'expression générale pour décrire toutes les tâches
non rémunérées effectuées par les femmes.

-- Waring (1993, p. 109)

Outre le travail que les femmes effectuent dans la population active structurée et informelle, elles participent également au marché du travail par les travaux qu'elles accomplissent à la maison (Acevedo, 1994). Dans toutes les sociétés, les femmes ont généralement de lourdes responsabilités à la maison. Les nombreuses tâches domestiques habituellement effectuées par les femmes comprennent la préparation de la nourriture pour la famille sur des feux qui dégagent de la fumée dans des cuisines non ventilées ; les soins aux membres de la famille, y compris les enfants, les malades et les personnes âgées ; l'approvisionnement en nourriture, en bois et en eau pour la consommation familiale ; le transport de lourdes charges sur de longues distances ; la surveillance et l'éducation des enfants ; l'entretien de la maison et l'entretien du potager et des animaux. Il est clair, comme le font remarquer Wyss et Nandjinger (1995), qu'« une ménagère ne manque pas de travail ». Pour reprendre les termes de Cardaci (1992) :

À titre de dispensatrice de soins, il incombe à la femme de garantir [ ... ] une atmosphère de sécurité, une maison chaude et propre où les membres de la famille sont protégés de la maladie et des dangers, où les enfants, les jeunes et les adultes bénéficient d'une alimentation équilibrée. [ ... ] C'est le rôle de la femme de maintenir l'harmonie dans la famille et de réduire les anxiétés et les tensions qui émergent lorsque les rapports se détériorent. C'est le rôle « typique » de la femme de faire de la maison un refuge. (Traduction libre.)

De plus en plus, les femmes se joignent à la population active rémunérée, mais leur fardeau à la maison n'en est pas réduit pour autant. Au contraire, elles se sentent obligées de faire leur travail à la maison et à l'extérieur avec efficacité, ce qui veut souvent dire aux dépens de leur santé et de leur bien-être.

Le travail ménager, essentiel au maintien des systèmes sociaux, n'est pas récompensé par la société en termes monétaires. Comme « travail » signifie souvent « activité payée », le travail important mais non rémunéré que les femmes effectuent à la maison a tendance à être éclipsé et marginalisé (Berr, 1994). Cependant, ce travail des femmes est essentiel à l'entretien de la population active.

Du fait que beaucoup de femmes travaillent à la maison, elles souffrent tout particulièrement des risques pour la santé que présente le milieu familial. Bien qu'un grand nombre des responsabilités traditionnelles des femmes les rendent plus vulnérables à des problèmes de santé particuliers, très peu de recherches ont été effectuées pour étudier la prévalence de ces pathologies, leur importance pour les femmes, leur incidence sur la productivité et le bien-être, et la façon de les soulager (Vlassoff, 1994).

Les statistiques nationales et internationales sur le rôle économique des femmes ont tendance à ignorer complètement le travail effectué par les femmes dans le milieu familial (Rathgeber, 1994a). Or, si l'on tient compte du travail ménager lorsqu'on mesure le travail des femmes, leurs journées de travail sont beaucoup plus longues que celles des hommes dans la plupart des pays du monde (OIT, 1992a ; Acevedo, 1994) (). Les recherches doivent incorporer explicitement le travail non rémunéré des femmes dans la description et la mesure des activités de travail des femmes.

La pollution de l'air intérieur

D'après la Banque mondiale (1993), la pollution de l'air intérieur expose probablement davantage de gens dans le monde entier à de graves polluants que la pollution de l'air extérieur. Comme, dans tous les pays en développement, les femmes sont essentiellement responsables de la préparation des aliments, ce sont elles, ainsi que leurs jeunes enfants, qui sont le plus exposés à l'air intérieur.


Comme les femmes sont associées de près aux travaux domestiques,
elles sont davantage exposées aux polluants dégagés dans la
maison par l'utilisation de combustibles comme le kérosène, de
sous-produits industriels comme le caoutchouc, la toile, le cuir,
les tourteaux d'oléagineux et le bois à brûler. Ces facteurs sont liés
à l'incidence élevée d'asthme et d'autres maladies respiratoires
ainsi que de problèmes oculaires
.

-- Fekerte Haile, Organisation internationale du travail, Addis-Abéba (Éthiopie)

Figure 4. Temps de travail total des femmes et des hommes, y compris les travaux ménagers, en 1990. (Source : undiesa, 1991.)


De plus, l'OMS estime qu'environ la moitié de la population du monde utilise aujourd'hui des produits de la biomasse (comme le bois et la bouse de vache) pour faire la cuisine et se chauffer, souvent sans ventilation adéquate. En Inde, par exemple, 99 % des foyers des villages ruraux et plus de la moitié des foyers urbains utilisent des produits de la biomasse pour faire la cuisine (apdc, 1990). La proximité des fourneaux utilisés dans les maisons qui utilisent des produits de la biomasse a été associée à des infections respiratoires aiguës chez les jeunes enfants et à des maladies chroniques des poumons et au cancer chez les adultes. L'exposition pendant la grossesse peut également avoir un effet négatif sur son résultat, comme la naissance d'un enfant mort-né, une insuffisance cardiaque droite et un poids inférieur à la naissance (Banque mondiale, 1993 ; Haile, 1994). Les femmes peuvent aussi souffrir de maux quotidiens, tels qu'irritation des yeux, écoulement nasal et maux de tête.

Des études effectuées en Chine, en Inde, au Népal et en Nouvelle-Guinée ont indiqué que près de la moitié des femmes adultes (dont peu fument) souffrent de maladies pulmonaires et cardiaques chroniques à cause du niveau élevé de fumée à l'intérieur de la maison. Les Chinoises qui ne fument pas et qui sont exposées à la fumée du charbon à la maison (qui est particulièrement nocive) présentent un risque de cancer des poumons similaire à celui des femmes qui fument légèrement (Banque mondiale, 1993).

Une étude de quatre villages dans le Gujarat rural, en Inde, a constaté que les femmes qui faisaient la cuisine dans des huttes mal ventilées étaient exposées en moyenne à 100 fois le niveau de particules de fumée suspendues dans l'air jugé acceptable par l'OMS, 6 fois plus que les autres membres de la maison et 15 fois plus que les résidents de Delhi (Chatterjee, 1991). Une autre étude effectuée en Inde a estimé que les femmes qui font la cuisine inhalent autant de benzopyrène, un cancérogène, que si elles fumaient 20 paquets de cigarettes par jour (OMS, 1984). Dans les régions montagneuses de haute altitude du Népal, les femmes souffrent souvent d'une maladie semblable à l'anémie. Cette maladie est causée par la présence d'oxyde de carbone dans le sang, une conséquence de l'exposition à long terme à des sources d'énergie non raffinées, comme les foyers pour faire la cuisine à l'intérieur (Easterbrook, 1994). Les infections pulmonaires aiguës et les bronchites chroniques sont aussi très répandues dans les régions rurales de l'Inde et du Népal par suite de l'exposition à la fumée des cuisines (ONU, 1995).

Paolisso (1995) a laissé entendre que la déforestation et la rareté du bois à brûler augmentent vraisemblablement les risques associés à la pollution par la fumée, parce que les femmes sont forcées d'utiliser des produits de la biomasse de qualité inférieure et qui brûlent vite, ce qui accroît le temps qu'elles passent à s'occuper des feux de cuisson. Il a cependant fait remarquer que l'on ne dispose guère de données sur l'ampleur de la substitution des combustibles ni de preuves fiables de ses répercussions sur la santé.

De toute évidence, il est urgent d'effectuer davantage de recherches sur les effets de cette activité courante sur la santé. De plus, il faut examiner dans quelle mesure des modifications aux installations utilisées pour chauffer les maisons et y faire la cuisine (p. ex. le type de fourneau, le type de ventilation, le type de combustible) réduiraient l'exposition aux effets nocifs de la pollution de l'air intérieur. Il ne faut pas oublier, cependant, que les efforts déployés pour réduire les niveaux de fumée à l'intérieur peuvent avoir pour effet d'accroître les morsures d'insectes dans les communautés où le paludisme est endémique, car la fumée est connue pour éloigner les insectes qui mordent. C'est pourquoi les interventions visant à réduire la fumée à l'intérieur des maisons, dans les régions où le paludisme est endémique, doivent être accompagnées de mesures de contrôle du paludisme comme des moustiquaires imprégnées d'insecticides.

Les maladies tropicales

Du fait de la division du travail entre les sexes, les responsabilités des femmes à la maison et les rôles que la culture leur impose peuvent aussi accroître leur exposition aux maladies transmises par l'eau, comme la schistosomiase. Par exemple, dans les communautés où les femmes sont chargées de laver les vêtements ou de nettoyer les ustensiles de cuisine en les immergeant totalement ou en partie dans des eaux infectées, les femmes peuvent présenter des taux d'infection plus élevés que les hommes pendant la période de pointe de la mue des cercaires (Huang et Manderson, 1992 ; Anyangwe et al., 1994). De plus, les femmes qui travaillent ou se déplacent pour trouver du combustible et du fourrage dans des lieux où la défécation est pratiquée en plein air, risquent une exposition aux maladies propagées par les excréments (p. ex. la typhoïde, la dysenterie amibienne, les maladies parasitaires et l'ankylostome).

Les lourdes charges


Les fillettes et les femmes d'Éthiopie portent souvent jusqu'à 77 kg
de bois à brûler et d'autres produits ( de 95 à 300 % de leur poids )
et parcourent en moyenne 11 à 12 km par jour.

-- Fekerte Haile, Organisation internationale du travail, Addis-Abéba ( Éthiopie )

Un grand nombre des responsabilités traditionnelles des femmes, dans les pays en développement, sont associées au transport de lourdes charges. Les femmes portent, soulèvent et transportent fréquemment des objets lourds dans le cadre de leurs activités quotidiennes. Par exemple, la responsabilité de l'approvisionnement en eau fraîche, qu'il faut souvent aller chercher très loin dans des contenants lourds, pour boire et pour faire la cuisine ainsi qu'aux fins de propreté et d'hygiène, est une tâche qui incombe presque exclusivement aux femmes et aux jeunes filles (Carasco, 1994 ; Hatcher Roberts et Law, 1994). Des études effectuées à petite échelle en Asie et en Afrique indiquent que les femmes et les jeunes filles passent en moyenne de 5 à 17 heures par semaine à puiser et à transporter de l'eau (ONU, 1991). Cependant, Butler et al. (1987) ont indiqué que, lorsque le voyage vers la source est facilité par d'autres moyens de transport (comme une bicyclette, un âne, une brouette ou un char à bœufs), certains hommes peuvent y participer.

En outre, Rosina Wiltshire a fait remarquer que « des pompes à eau installées dans de nombreuses communautés se sont avérées inutiles. Bien que les femmes soient en général responsables de l'approvisionnement en eau, ces pompes ont été principalement conçues et installées pour être utilisées par des hommes ».

Les femmes sont aussi responsables de l'approvisionnement en bois à brûler. Gurinder Shahi, du Programme des Nations Unies pour le développement (pnud), a estimé qu'au Népal, les femmes des régions rurales marchent cinq à six heures par jour à pied à la recherche de bois à ramener à la maison (Easterbrook, 1994). Les fillettes et les femmes d'Éthiopie portent fréquemment jusqu'à 77 kg de bois à brûler et d'autres produits (de 95 à 300 % de leur poids) et parcourent en moyenne entre 11 et 12 km par jour (Haile, 1985 ; Abegaz et Junge, 1990). Dans le, les données sur les charges de bois à brûler transportées en Éthiopie sont comparées avec les limites de poids de l'OIT.

Le transport de lourdes charges sur de longues distances est un travail physiquement exigeant et épuisant. Outre la fatigue, les lourdes charges peuvent causer une incidence accrue de maux de dos, de lombalgies, de problèmes chroniques et débilitants dans le dos et les jambes, de troubles des genoux et autres dommages physiques ( OIT, 1989 ; Haile, 1994 ). Au Viet Nam, le dur travail physique est chose courante et « on a constaté que les charges transportées sur la tête avaient un effet néfaste sur les vertèbres des travailleuses (spécialement dans la région du cou) » (Nga, 1995).

L'eau peut être transportée sur la tête, le dos, l'épaule ou la hanche, suivant la région du monde (apdc, 1990) et chaque méthode peut créer des problèmes de santé pour les femmes. Les femmes qui transportent l'eau sur leur dos marchent souvent courbées. Le port asymétrique sur l'épaule peut amener le corps à se développer davantage d'un côté. Le transport sur la hanche peut provoquer des troubles de la hanche (apdc, 1990). Enfin, le transport de l'eau sur le dos avec une courroie attachée au front peut provoquer de graves migraines.


Tableau 3. Limites des charges à soulever et à transporter par les femmes selon les charges habituellement soulevées et transportées en Éthiopie -- comparaison de l'OIT.


Âge

Charge permise (en kg)

Charge moyenne
(en kg)
habituellement soulevée et transportée par les Éthiopiennes

Occasionnellementa

Fréquemmentb

15-18

15

10

46

19-45

15

10

64

Over 45

15

10

55


Sources: ILO (1989) ; Haile (1994).

a Limites à ne pas dépasser sans risque pour la santé.

b Valeurs recommandées d'un point de vue ergonomique.


Le transport de lourdes charges, comme de grands contenants d'eau, peut aussi provoquer une descente de matrice (Labour Resource Centre, 1995) et a été associé à des troubles menstruels, des fausses couches et des naissances d'enfants mort-nés (ncsew, 1988). Les fillettes qui commencent jeunes à transporter de lourdes charges d'eau présentent des risques de scoliose (Chatterjee, 1991). L'Asian and Pacific Development Centre (apdc, 1990, p. 112) souligne également que les femmes sont exposées à des problèmes du squelette qui peuvent provoquer la difformité et l'invalidité.

Ces problèmes peuvent prendre diverses formes, notamment des lésions de la colonne vertébrale qui, avec le surmenage, peuvent dégénérer et se transformer en arthrose, rhumatisme arthritique ou cyphose (dos courbé en permanence). La douleur est constante et la mobilité diminue jusqu'à atteindre un stade où les gens sont complètement immobilisés. (Traduction libre.)

Chez les femmes plus âgées des pays en développement, les chercheurs indiquent que l'invalidité fonctionnelle est essentiellement liée aux années passées à transporter de l'eau (Doty, 1987). Ces types de dommages physiques peuvent à leur tour accroître le fardeau de la double journée des femmes.

Dégradation écologique et charges pour
les femmes


Le défrichement des terres et la coupe des arbres entraînent la
déforestation, obligeant les femmes des régions rurales à s'éloigner
toujours plus de la maison pour chercher du bois à brûler.
La déforestation assèche à son tour le sol et l'utilisation des
insecticides et des engrais raréfie encore les sources d'eau
accessibles aux femmes et finit par créer une pénurie d'eau à
usage domestique. Cela a un effet sur la santé et les conditions
de vie de la famille alors que les femmes sont épuisées
par la recherche d'eau et de combustible.

-- K. Soin, membre du Parlement, Singapour

Parce que la vie des femmes est associée de près aux ressources naturelles, la dégradation de l'environnement peut avoir des répercussions immédiates et dramatiques sur leur charge de travail et leur mode de vie ainsi que sur la santé et les conditions de vie de la famille dans son ensemble (Muntemba, 1989 ; Soin, 1995). On entend par dégradation de l'environnement les changements négatifs du milieu physique et de l'écologie, comme la pollution de l'eau, le recul de la végétation, la destruction des forêts et l'appauvrissement des sols (Tsikata, 1994).

Si la dégradation de l'environnement réduit la quantité de nourriture produite par la terre et par les eaux, ou diminue la quantité du combustible disponible pour faire la cuisine, les femmes, qui sont essentiellement responsables de l'alimentation de leur famille, s'épuisent parce qu'elles sont forcées de travailler plus longtemps pour s'acquitter de leurs tâches (Jacobson, 1992a). Une étude effectuée dans les régions rurales du Kenya a conclu que la marginalisation agricole et la détérioration de l'environnement augmentaient la charge de travail des femmes en âge d'avoir des enfants plus que celle des autres membres de la maisonnée (Ferguson, 1986). Dans trois communautés du Népal, une étude a montré que la déforestation avait eu pour effet d'accroître de façon notable le nombre de fois où les femmes doivent aller chercher du bois à brûler. Dans les communautés montagneuses, le temps consacré quotidiennement à la collecte du bois est passé d'un peu plus d'une heure à deux heures et demie (Kumar et Hotchkiss, 1988). Dans certaines régions de l'Inde, où la forêt a été ravagée, les femmes et les enfants doivent parcourir de huit à dix kilomètres tous les jours pour se procurer suffisamment de bois pour faire cuire le repas du soir, alors qu'il y a sept ou huit ans, il leur suffisait d'une courte marche d'un ou deux kilomètres (apdc, 1990). Dans le district de Jayawijaya, dans la province d'Irian Jaya, en Indonésie, à mesure que diminuait la surface de terre cultivable, les gens ont commencé à utiliser les flancs élevés des collines, ce qui a provoqué une érosion du sol. Le sol a perdu sa fertilité et la production de nourriture a diminué. Le résultat final a été une détérioration de la qualité de vie pour tout le monde, mais, en particulier, pour les femmes et les enfants.


Les risques les plus graves pour la santé, dans la région de Tongu,
sont liés à la dégradation de l'environnement et la pauvreté
provoquées par la détérioration et la disparition des moyens
d'existence. L'activité économique entourant la récolte des myes,
une activité essentiellement féminine, a complètement disparu.

-- Dzodzi Tsikata, Institut de recherches statistiques, sociales et économiques,
Université du Ghana, Legon (Ghana)

Les femmes, qui sont principalement responsables de l'approvisionnement en eau de leur famille, peuvent devoir parcourir des distances supplémentaires en quête d'eau potable à cause de la dégradation de l'environnement. Le déversement croissant de produits chimiques agricoles et de déchets organiques dans les rivières, ainsi que l'envasement créé par la déforestation, compromettent gravement l'approvisionnement en eau propre et sans danger pour les femmes des régions rurales (apdc, 1992).

Des chercheurs qui, dans le cadre d'un projet au Burkino Faso, évaluaient l'incidence de la pénurie de bois à brûler sur les pratiques agricoles des femmes et l'alimentation des familles (Rathgeber, 1990b, p. 500), ont constaté que :

les femmes étant forcées de passer une plus grande partie de leur temps à chercher du bois à brûler, elles ont moins de temps pour l'agriculture. Ceci se solde en retour par une réduction des récoltes et de la quantité de nourriture disponible pour la famille ainsi que du surplus à vendre dans les marchés locaux. En même temps, les femmes font moins souvent la cuisine et servent à leur famille des aliments achetés bon marché dans les magasins ou cuits plusieurs heures auparavant et souvent conservés dans des conditions malsaines et insalubres. (Traduction libre.)

Le double ou triple fardeau des femmes

Pour comprendre les problèmes de santé des femmes au travail, il faut prendre conscience de la combinaison des charges et des risques associés aux nombreux rôles des femmes, y compris le travail rémunéré et les responsabilités familiales (Timoteo et Llanos-Cuentas, 1994). Malheureusement, peu de recherches ont été faites jusqu'ici sur la double journée de travail des femmes. Le fait que les femmes combinent souvent les responsabilités domestiques ou familiales avec un travail rémunéré n'a pas été suffisamment étudié du point de vue de la santé (Messing, 1991).

On parle souvent du « double fardeau » des femmes qui ont des responsabilités à la fois à la maison et dans la population active officielle (Messing, 1991 ; Acevedo, 1994 ; Berr, 1994). Breilh a aussi inventé l'expression « triple charge » ou « triple fardeau » pour désigner les responsabilités triples que les femmes peuvent avoir, c'est-à-dire la responsabilité de la reproduction, du travail productif dans la population active officielle et du travail domestique (Breilh, 1994).

Les grossesses, souvent à de très courts intervalles, l'allaitement et les soins aux enfants tout en effectuant sans interruption des tâches épuisantes (Alilio, 1994) représentent une lourde charge pour beaucoup de femmes. Des études menées en Tanzanie indiquent que la plupart des femmes continuent jusqu'au dernier jour de la grossesse à s'acquitter de travaux fatigants comme la collecte du bois et du combustible, le travail dans les champs, la cuisine, la lessive et les soins aux enfants et ce, souvent sans apport calorique adéquat (Mpanju, 1992).


Les femmes sont responsables de l'entretien de la maison et du
bien-être de la famille, qu'elles participent ou non au marché du
travail. Cette réalité représente une double charge de travail
pour beaucoup de Chiliennes.

-- Jasna Stiepovick et Julia Ramírez, département des sciences infirmières,
Universidad de Concepción (Chili)

Les femmes du monde entier sont presque exclusivement responsables des soins aux enfants et du travail ménager et reçoivent généralement peu d'aide de la part de leur mari et des autres membres de la famille (Chavkin, 1984 ; Breilh, 1994). Il y a aussi un manque de soutien institutionnel, tel que crèches, garderies et autres services, particulièrement pour les mères de la classe ouvrière.

La double charge de travail à l'intérieur et à l'extérieur de la maison crée un stress physique et mental considérable (Berr, 1994) et les rôles entrent souvent en conflit. Les tâches ménagères ne commencent ni ne finissent à heure fixe, mais accaparent la journée entière d'une façon ou d'une autre. Pendant qu'elles travaillent, les femmes n'arrêtent pas de penser à leur maison et de prendre des décisions touchant la famille et les enfants.

Les mauvaises conditions de vie dans la famille peuvent avoir un effet négatif sur le travail des femmes dans le secteur officiel. La fatigue peut augmenter l'absentéisme et susciter la frustration et le mécontentement, ce qui peut provoquer des taux élevés de changement d'emploi (OIT, 1994). Le surmenage causé par l'excès de responsabilités peut avoir des effets nocifs cumulatifs sur la santé, comme la fatigue, le stress et une moindre résistance à la maladie et aux affections chroniques. La nécessité de répondre aux différentes exigences peut causer une privation des nécessités physiologiques comme le sommeil. De plus, un organisme fatigué par les soins prodigués à un bébé ou un parent malade résistera moins bien à un virus ou aux effets nocifs des solvants dans les produits de nettoyage (Messing, 1991).

Caractéristiques du travail
des femmes

Diverses caractéristiques du travail des femmes peuvent avoir des conséquences nocives sur leur santé et leur bien-être. Les caractéristiques examinées ci-après sont associées aux types de travail qu'effectuent un grand nombre de femmes dans les pays en développement. Ces caractéristiques ne sont pas particulières au travail des femmes, mais elles constituent des éléments courants de beaucoup de travaux effectués par les femmes.

Longues heures de travail et manque de loisirs

Quand on tient compte de toutes les formes du travail des femmes, les femmes des pays en développement ont des journées de travail plus longues que les hommes (Jacobson, 1993 ; Paolisso et Leslie, 1995). Bien qu'il y ait des différences d'un pays à l'autre, les estimations varient entre 16 et 20 heures par jour dans certaines régions (Secrétariat du Commonwealth, 1990 ; Acevedo, 1994 ; Handali, voir note 5 à la page 129). Dans les pays d'Afrique, par exemple, les femmes qui travaillent dans les champs y passent généralement 16 heures par jour. Au Burkina Faso, en Inde, au Kenya, au Népal et au Niger, la récolte de bois à brûler prend parfois de trois à cinq heures par jour et suppose que les femmes parcourent des distances de trois à dix kilomètres (Agarwal, 1986). À titre d'exemple du temps qu'il faut aux femmes pour effectuer leur travail, une étude effectuée en Afrique a montré qu'il faut environ 13 heures pour piler suffisamment de maïs pour nourrir une famille pendant quatre à cinq jours lorsqu'on ne dispose pas de la technologie moderne adéquate (Butler et al., 1987).


Sur les plaines battues par le vent de l'Inde occidentale, les femmes
de Gotarka considèrent leur vi
e difficile comme quelque chose
d'aussi naturel que la mousson. Pendant que les maris sirotent du
thé et parlent politique, les femmes, comme leurs mères et leurs
grand-mères avant elles, allaitent et élèvent les enfants, cherchent
le bois à brûler, transportent l'eau, nettoient la maison, s'occupent
du bétail, ensemencent les champs. Et il leur faut encore nourrir
tout leur monde. « Les journées sont si longues », dit Manju
Javantila Darji, mère de trois enfants. « On commence à travailler
quand la lune est dans le ciel et quand on finit, elle y est toujours. »

-- Stackhouse (1995a, p. D1)

Les responsabilités des femmes à titre de dispensatrices de soins de santé leur prennent beaucoup de temps : « lorsqu'une mère a un enfant très malade, elle le veille jour et nuit » (Wyss et Nandjinger, 1995). Selon Richters (1994), il faut passer énormément de temps auprès d'un bébé qui a la diarrhée, qui vomit et qui est agité par la fièvre si on veut le persuader d'ingérer des quantités suffisantes de liquide, cuillerée par cuillerée, pour le réhydrater oralement, et il faut aussi beaucoup de temps pour allaiter les enfants à la demande jusqu'à l'âge de 18 mois à 2 ans, tel que recommandé dans les programmes de santé primaires des pays en développement.

Les femmes ont donc moins de loisirs et de temps libre que les hommes, particulièrement pendant certaines saisons agricoles (Holmboe-Ottesen et al., 1989 ; McGuire et Popkin, 1989). Non seulement les femmes travaillent de longues heures, mais elles ont peu de contrôle sur l'organisation de leur travail. Paolisso et Leslie (1995) ont observé que le moment où les femmes doivent aller chercher l'eau et le bois à brûler, préparer la nourriture, nourrir les membres de la famille, baigner les enfants, les éduquer et s'occuper d'eux, et travailler dans les champs ou à l'usine dépend en grande partie de la demande et des besoins quotidiens de la famille.

Des journées de travail aussi longues causent souvent une fatigue extrême. À cause du manque de loisirs, il est aussi extrêmement difficile pour les femmes de trouver le temps de s'occuper adéquatement de leurs problèmes de santé (Berr, 1994).

Mal payée ou pas du tout

Pour s'occuper de sa santé, il faut avoir de l'argent : si l'on n'a pas un salaire décent, ce n'est pas la peine de parler de la santé et des mesures à prendre pour la protéger (Misch, 1992). Il faut avoir un salaire suffisant pour pouvoir s'offrir une alimentation équilibrée, un logement convenable avec des sources d'eau saine et des sources d'énergie qui ne dégradent pas l'environnement, et pour recevoir une éducation dans ces domaines. D'après Messing (1991), un revenu trop faible peut contribuer à la détérioration de la santé en diminuant l'accès à une alimentation et à un logement convenables et en augmentant les niveaux de stress.

Or, une grande partie du travail des femmes est sous-payé et sous-évalué. Le salaire moyen des femmes est inférieur à celui de leurs contreparties masculines (ONU, 1991 ; Acevedo, 1994). Dans l'ensemble du monde, le salaire des femmes représente, en moyenne, seulement les deux tiers de celui des hommes. Dans certains pays d'Afrique et d'Asie, l'écart de salaire entre les hommes et les femmes atteint 50 % (undiesa, 1991). De plus, les femmes s'acquittent de tâches essentielles à la maison qui ne sont pas considérées économiquement importantes et ne sont pas rémunérées.

À cet égard, les observations de Gerelsuren et Erdenechimeg (1995), de la Fédération des femmes de Mongolie, sont malheureusement trop connues :

Bien que la loi mongolienne sanctionne le principe de l'égalité salariale pour un travail d'égale valeur, les femmes reçoivent en moyenne un salaire inférieur à celui des hommes. Cette disparité est liée au fait que les femmes occupent la plupart du temps des emplois non professionnels et moins bien rémunérés. Quoique le gouvernement ait pris certaines décisions qui offrent aux femmes des heures de travail flexibles, une meilleure sécurité au travail et des conditions de travail saines, celles-ci continuent à travailler dans des milieux insalubres. (Traduction libre.)

La ségrégation des emplois et la discrimination contribuent à la différence de salaires entre les femmes et les hommes (OIT, 1985). Généralement, les femmes occupent des emplois qui ont peu de prestige et de statut (Acevedo, 1994 ; ONU, 1991). De plus, même lorsque les femmes font le même travail que les hommes et ont les mêmes diplômes, elles reçoivent habituellement un salaire inférieur à celui des hommes. La féminisation des professions traditionnellement occupées par les hommes a tendance à les dévaluer (Acevedo, 1994).

La perception du travail des femmes comme source de soutien secondaire est une autre raison citée par beaucoup pour expliquer la différence de salaire entre les sexes pour le même travail (Grandea, 1994).

Les femmes qui reçoivent un salaire inférieur sont plus susceptibles de souffrir d'un manque d'énergie nutritionnelle et d'anémie ainsi que de niveaux de stress élevés (Carasco, 1994). Parce que les femmes ont tendance à utiliser une grande partie du revenu qu'elles gagnent pour nourrir leur famille et pour répondre aux autres besoins essentiels, il ne reste aux femmes qui reçoivent un salaire inférieur pratiquement rien pour s'occuper de leur santé (Paolisso et Leslie, 1995).


Les salaires à la fabrique de textiles n'étaient pas suffisants pour
satisfaire les besoins de base. Le salaire entier du mois passait tout
simplement à l'achat et à la préparation de la nourriture.

-- Joseph Carasco, Centre de recherches fondamentales, Kampala (Ouganda)

Les femmes pauvres qui n'ont pas suffisamment de temps pour gagner un salaire, prendre soin de leur famille et s'occuper consciencieusement de leur santé ne prennent généralement pas sur leur temps de travail pour utiliser les services de santé : « Les congés de maladie peuvent être impossibles ou trop chers pour les femmes dont le revenu est inférieur, et elles peuvent être forcées de négliger leurs propres besoins de santé » (Messing, 1991, p. 10).

Comme Vickers (1991, p. 15) l'a fait remarquer, la crise économique ajoute encore aux problèmes de santé des femmes associés à l'insuffisance du revenu :

Lorsque le prix des aliments augmente et que les salaires diminuent, les femmes doivent passer plus de temps à trouver des façons de calmer la faim des membres de la famille ; elles doivent donc aller de plus en plus loin pour trouver les boutiques et les marchés les moins chers, préparer des aliments bon marché et souvent manger moins elles-mêmes pour pouvoir nourrir leur mari et leurs enfants. (Traduction libre.)

Il peut aussi exister un lien entre les niveaux de revenu et la sécurité au travail. Lorsque les revenus des femmes dans une société sont plus élevés et qu'il y a davantage de possibilités d'emploi, les femmes peuvent dans une certaine mesure avoir le choix et décider de ne pas continuer à travailler dans une situation qui présente des risques pour leur santé et leur sécurité. Dans les sociétés qui offrent moins de possibilités d'emploi aux femmes, le seul choix à leur disposition peut être un emploi mal payé, avec peu ou pas de protection en termes de santé et de sécurité, ou pas d'emploi du tout.


Il faut relever le salaire de base des travailleurs pour qu'ils aient
un niveau de vie acceptable si l'on veut appliquer des normes
supérieures de santé et de sécurité au travail. Le Labour Resource
Centre a constaté que la préoccupation la plus importante des
travailleurs est le salaire. Les travailleurs feront même des
travaux dangereux ou utiliseront des produits chimiques nocifs
s'ils reçoivent une indemnité pour le faire.

-- Josie Zaini, Association d'éducation et de recherches
pour les consommateurs, Malaisie

Si le salaire est insuffisant pour satisfaire aux besoins de base, les femmes peuvent être forcées de chercher d'autres sources de revenu. Il faut accorder plus d'attention au fait que les femmes prennent souvent un emploi secondaire et aux effets que cela peut avoir sur leur santé. Les femmes qui ont des ressources limitées peuvent aussi s'adonner à la prostitution pour se procurer un revenu supplémentaire (Standing et Kisekka, 1989 ; Pauw, 1993 ; Strebel, 1994). D'après l'OMS (1994a, p. 59), « quand les temps sont durs, certaines femmes se retrouvent dans la nécessité d'échanger leur corps pour de l'argent, de la nourriture ou un abri ». Les rapports avec des partenaires sexuels multiples, sans préservatifs, accroissent le risque de maladies transmises sexuellement, y compris le sida.

Les femmes chefs de famille

Il est impossible de parler des femmes et de leur milieu de travail sans mentionner le fait que beaucoup d'entre elles sont l'unique ou la principale source de revenu de la famille. Le nombre croissant, dans le monde entier, de femmes seules avec des enfants qui se retrouvent chefs de famille est attribuable à un certain nombre de facteurs, dont la migration nationale et internationale des hommes en quête de travail, le divorce, le veuvage, la guerre, l'abandon, ainsi que le nombre croissant de naissances parmi les femmes adolescentes sans partenaire fixe. Selon les estimations, les familles dirigées par une femme représenteraient le tiers des familles de la planète. Aux Antilles, les femmes constituent jusqu'à 50 % de tous les chefs de famille et, dans certaines parties de l'Afrique subsaharienne, la proportion est de 45 % (ONU, 1991).

Les familles dont le chef est une femme sont particulièrement défavorisées et vulnérables économiquement. Comme beaucoup de femmes n'ont pas eu la possibilité de poursuivre des études et qu'elles ont de la difficulté à obtenir un emploi sûr et bien payé, le revenu des familles dirigées par une femme est souvent nettement inférieur à celui des familles dirigées par un homme. Au Canada, les familles monoparentales dirigées par des femmes sont de plus en plus nombreuses, et la plupart (57,2 % en 1992) vivent dans la pauvreté (Condition féminine Canada, 1994). Comme l'indique Richters (1994) :

Il appert que les femmes sont le seul soutien financier du tiers des familles du monde. Parce que souvent ces mères n'ont guère reçu d'instruction et n'ont pas de capital à investir et qu'elles s'efforcent de mener à bien deux emplois à la fois (à la maison et à l'extérieur), les familles dont le chef est une femme sont généralement pauvres. (Traduction libre.)

La nécessité, dans ces familles, de vivre dans un espace limité avec des ressources insuffisantes, s'avère très éprouvante pour la santé physique et mentale de ces femmes (Acevedo, 1994). La dégradation des services publics a des répercussions néfastes surtout pour les femmes.

La transformation des économies agricoles de subsistance en économies génératrices de revenu peut accroître le nombre des familles dirigées par une femme et avoir des effets négatifs sur la santé. Herrera et Lobo-Guerrera (1994) ont expliqué que certaines femmes indigènes, dans les bassins de l'Orinoco et de l'Amazone, devaient faire face à des tâches beaucoup plus lourdes, travaillant dans les champs et à la maison avec leurs enfants, tandis que leur mari, en quête d'activités génératrices de revenu, quittait la famille pendant de nombreux mois de l'année. Bien que ces femmes tirent des produits agricoles de leur conuco (petit lopin de terre), elles sont privées des protéines, comme la viande et le poisson, que leur mari se chargeait habituellement de rapporter.

Leslie (1992, p. 15) précise encore :

Compte tenu de la prévalence accrue des familles dirigées par une femme et des différences, en ce qui a trait au bien-être des femmes et des enfants, constatées dans ces circonstances, il est urgent de procéder localement à des recherches en sciences sociales pour examiner les facteurs de pauvreté et de mauvaise santé dans ces familles. (Traduction libre.)

Postes inférieurs

Dans le monde entier, la position subordonnée des femmes dans la société est reflétée par la pénurie de femmes dans les postes de supervision et de direction. Dans la majorité des pays du monde, les femmes occupent seulement une petite proportion (entre 10 et 30 %) des postes de gestion, et encore moins (moins de 5 %) des postes les plus élevés (OIT, 1993). En outre, elles sont peu représentées dans les secteurs du pouvoir, de la politique et de la prise de décisions. En fait, les femmes constituent moins de 5 % des chefs d'État, des dirigeants des grandes entreprises et des postes clés dans les organisations internationales (ONU, 1991).

Chômage

Dans bien des pays en développement, le chômage est beaucoup plus élevé parmi les femmes que parmi les hommes. Les femmes sont particulièrement vulnérables aux fluctuations économiques, ont moins de chances de tirer profit de l'expansion des emplois et sont les premières à souffrir de leur compression. Le chômage, particulièrement pour les gens plus pauvres, est associé à une détérioration de la santé physique et mentale.

Dans les Antilles anglophones, par exemple, les femmes et les jeunes adultes (âgés de moins de 25 ans) sont les groupes les plus vulnérables de la population active, et les femmes sont particulièrement défavorisées. Sur les 191 000 personnes employées à la Jamaïque en 1989, 57,2 % avaient 25 ans ou moins, mais 64,5 % des personnes au chômage étaient des femmes (Planning Institute of Jamaica, 1989). En 1991, le taux de chômage des femmes de la Jamaïque était plus de deux fois supérieur à celui des hommes (23,1 % contre 9,3 % pour les hommes) (OIT, 1994). Des tendances similaires ont été signalées pour la Guyane en 1986 et pour Trinité-et-Tobago en 1988 (ops et OMS, 1992).


En règle générale, les femmes figurent moins dans les statistiques
du chômage parce qu'elles travaillent habituellement à temps
partiel et de façon temporaire et font partie de la population
active informelle.

-- Doris Acevedo, Universidad de Carabobo,
Maracay (Venezuela)

Il arrive que les femmes ne cherchent pas de travail parce qu'il n'y a pas de travail qui leur convienne ou parce qu'elles sont découragées par les préjugés et la discrimination (Nuss, 1989). Outre la discrimination générale fondée sur le sexe, les femmes sont parfois victimes de discrimination si elles ne répondent pas à certains canons de beauté (Acevedo, 1994). Les chefs d'entreprise peuvent engager les femmes ou leur accorder des promotions en fonction de leur beauté physique (Humphrey, 1987). Au Venezuela, par exemple, les offres d'emploi pour les secrétaires et les réceptionnistes portent souvent la mention « présentant bien », attribut qui n'est pas exigé des hommes (Acevedo, 1994).

Travail à temps partiel et travail bénévole

Les femmes ont davantage tendance que les hommes à travailler à temps partiel, en partie parce qu'elles tentent d'organiser leur travail autour de leurs responsabilités familiales. Des activités comme la vente ambulante et dans les marchés offrent ce type de flexibilité. En Afrique occidentale, les femmes dominent ce secteur -- elles constituent jusqu'à 93 % des marchands ambulants à Accra, 87 % au Lagos et 60 % à Dakar. Toutefois, un important pourcentage de femmes dans le monde occupent des emplois saisonniers ou à temps partiel. La main-d'œuvre à temps partiel, qui d'habitude n'est pas représentée par des syndicats, n'a pas les moyens de négocier de meilleures conditions de travail (Grandea, 1994).

Le travail social bénévole est habituellement effectué par les femmes et reçoit peu de reconnaissance et peu de rémunération. Les femmes constituent la plupart des bénévoles dans les hôpitaux, les cliniques d'entraide et d'autres organismes communautaires. En Amérique latine, elles ont créé des réseaux, tels que des associations de ménagères et des regroupements de mères de famille, pour s'aider mutuellement à répondre à leurs besoins quotidiens (Jacquette, 1986). Dans les zones périphériques des grandes villes du Pérou, par exemple, un grand nombre de femmes ont créé et dirigent des « clubs de mères » et des « comités Verre de lait » qui sont des organisations visant à freiner la détérioration des conditions économiques et de la santé (Timoteo et Llanos-Cuentas, 1994).

La vie des femmes -- et leur charge de travail -- est particulièrement touchée par les crises économiques et les politiques d'ajustement qui les obligent à assumer des responsabilités toujours plus grandes. La réduction des services de santé, de garde d'enfants et d'éducation signifie que les femmes sont forcées de fournir, à titre privé ou individuel, les services sociaux qui étaient auparavant dispensés par l'État (Secrétariat du Commonwealth, 1990 ; Vickers, 1991 ; Acevedo, 1994).

Travail par roulement

Le travail par roulement, qui devient de plus en plus courant dans le secteur industriel à mesure qu'on y introduit des équipements automatisés, peut entraîner des troubles gastro-intestinaux, des désordres nerveux et des troubles du sommeil (p. ex. fatigue, sommeil léger et insomnie). L'anxiété, la confusion, l'irritabilité, la nervosité, la dépression et les difficultés à se concentrer ont également été associées au travail par roulement (Labour Resource Centre, 1995).

Les conditions de travail par roulement, qui supposent souvent le travail de nuit, peuvent aussi réduire le temps que les femmes ont à consacrer à leur famille à la maison. Par exemple, Haile (1994) a signalé que les femmes qui travaillent la nuit en Éthiopie sont souvent forcées de dormir à l'usine après le travail, faute de service de transport adéquat pour rentrer chez elles. Si une femme prend un autobus qui l'amène au centre de la ville, elle est exposée à la fois à des risques de viol et de vol. C'est pourquoi beaucoup de femmes décident de passer la nuit dans leur lieu de travail, où elles ne dorment pas suffisamment la plupart du temps.

Santé et sécurité au travail : quelle protection ?


Les lois ne servent pas à grand-chose si les mécanismes
d'application et autres systèmes administratifs sont faibles et
si ceux qu'ils sont supposés protéger ne sont pas au courant de
leur existence.

Josie Zaini, Association d'éducation et de recherches pour les consommateurs,
Malaisie

Il est nécessaire d'avoir des normes de santé et de sécurité au travail, et des mesures en place pour appliquer ces normes, afin de promouvoir et de maintenir le niveau le plus élevé possible de bien-être physique, mental et social chez les travailleurs de tous les groupes professionnels (Puta, 1994). Pour assurer la santé et la sécurité des travailleurs, il faut prendre des mesures qui permettent de créer et d'entretenir un milieu de travail sain et sans danger et de prévenir les maladies et les accidents associés aux conditions de travail.

Les femmes travaillent souvent dans des industries non réglementées qui peuvent être hors de la portée de la législation sur la santé et la sécurité au travail (OIT, 1985 ; Banque mondiale, 1993). Dans les cas où des lois sont en place, elles peuvent ne pas être appliquées, ce qui leur enlève toute utilité.

On a pris conscience des répercussions terribles de la non-application des normes de sécurité à Bangkok, en Thaïlande, en mai 1993, lorsque l'absence de mesures de prévention des incendies a causé la mort de plus de 200 employés et de graves blessures à des centaines d'autres tandis qu'une fabrique de jouets était réduite en cendres. La plupart des victimes étaient des jeunes femmes thaïlandaises qui gagnaient l'équivalent de 6 $us par jour à bourrer des poupées. Les avertisseurs d'incendie ne fonctionnaient pas et il n'y avait pas de détecteurs de fumée, d'escaliers de secours ni de consignes en cas d'incendie. Parce que certaines portes d'issue étaient régulièrement fermées à clé, des centaines de personnes ont été obligées de sauter des troisième et quatrième étages dans un effort désespéré pour échapper à l'incendie. L'usine était la propriété d'actionnaires de Taïwan, de Hong-Kong et de Thaïlande, et fabriquait des poupées pour des compagnies de jouets multinationales aux États-Unis.


Beaucoup de travailleurs, les femmes en particulier, occupent des
emplois qui ne sont pas protégés par des lois sur la sécurité sociale
et le travail, ou travaillent dans des conditions non garanties par
contrat. Un nombre considérable de travailleuses sans contrat au
Chili travaillent dans le secteur de l'agriculture (p. ex. la cueillette
des fruits), les services domestiques, la pêche et les industries
du commerce.

-- Ximena Díaz Berr, travailleuse salariée des secteurs de l'industrie
et de la culture fruitière, Santiago (Chili)

Comme le dit Kittipak Thavisri, spécialiste de la main-d'œuvre à l'université Thamasat à Bangkok (iht, 1993, p. 15) :

La sécurité publique coûte cher [ ... ]. Pour attirer les investisseurs étrangers [ ... ], il faut laisser tomber certains des règlements du travail [ ... ]. La situation est semblable dans des milliers d'autres usines de Thaïlande [ ... ]. On ne fait pas suffisamment attention, en Asie, à la sécurité et aux conditions de travail dans un climat économique où les fabricants ont souvent pour unique objectif de maintenir les coûts de production à un niveau aussi bas que possible. (Traduction libre.)

De fait, dans tout le sud-est de l'Asie, les lois sur la sécurité au travail n'ont pas suivi le phénoménal développement économique de la région. Dans certains pays, il n'y a pas de lois du tout. Et quand il y en a, elles ne sont presque jamais appliquées (Shenon, 1993).

Il faut prendre davantage de mesures pour veiller à ce que des normes adéquates de santé et de sécurité au travail et des mesures d'application des lois soient adoptées pour lutter contre les risques associés au travail des femmes.


Bien qu'un certain nombre de conventions de l'Organisation
internationale du travail visent spécifiquement la protection
de la santé des travailleurs, leur application par les pays
membres a laissé à désirer.

-- Fekerte Haile, Organisation internationale du travail, Addis-Abéba (Éthiopie

Dans les pays industrialisés, l'attention aux questions de sécurité au travail pour les femmes s'est généralement limitée à la sauvegarde de leur capacité de reproduction et on a cherché à les protéger des milieux de travail jugés dangereux pour la fécondité (Eines, 1993) et à défendre la santé du fœtus. Le fait que les hommes puissent aussi subir des dommages dans leurs fonctions de reproduction a été largement négligé jusqu'à récemment.

Les femmes doivent être conscientes du fait que les lois sur la protection peuvent aussi être utilisées contre elles. On peut en effet invoquer les lois sur la protection pour justifier des pratiques et des politiques de travail discriminatoires afin de tenir les femmes à l'écart des emplois mieux payés qui sont occupés essentiellement par des hommes. Dans un procès américain, par exemple, la Cour suprême des États-Unis a conclu que la loi sur la protection au travail qui excluait « les femmes enceintes ou en âge d'avoir des enfants » était utilisée pour les empêcher d'obtenir des emplois bien rémunérés (Johnson Controls, 1991).

D'autres types de lois visant à protéger les femmes peuvent aussi finir par réduire leur salaire ou les décourager de garder leur emploi. Par exemple, plusieurs pays ont des lois qui fixent des périodes standard de congé de maternité et offrent des avantages spéciaux aux femmes. Ces lois requièrent habituellement des employeurs qu'ils fournissent ces avantages aux travailleuses, ce qui, en réalité, augmente le coût de leur recrutement. Pour éviter les prestations de maternité, certains fabricants de vêtements du Bangladesh n'embauchent les jeunes femmes que sur une base quotidienne et temporaire (Banque mondiale, 1993). Acevedo (1994) a rapporté qu'au Venezuela, les modifications apportées à la loi sur l'emploi qui avaient pour objet d'avantager les femmes (p. ex. l'extension du congé de maternité de 12 à 16 semaines et l'interdiction de renvoyer une femme pendant l'année qui suit la naissance d'un enfant) ont en fait causé des préjudices à certaines d'entre elles. Pour contourner la loi, certains employeurs du secteur industriel ne recrutent plus que des femmes qui ont passé l'âge d'avoir des enfants ou remplacent les employées par des hommes. Certaines sociétés, avant d'engager une femme en âge d'avoir des enfants, exigent même qu'elle produise un certificat médical attestant qu'elle s'est fait stériliser (Acevedo, 1994).

Manque de soutien des syndicats

Les femmes peuvent souffrir d'un stress supplémentaire au travail lorsqu'elles n'ont pas d'association de protection pour les soutenir quand c'est nécessaire. Par exemple, les travailleurs de certaines zones de libre-échange ou de production aux fins d'exportation, comme Sri Lanka, ne sont pas autorisés par la loi à former des syndicats (apdc, 1990).


Les cadres des syndicats étaient surtout des travailleurs de sexe
masculin, qui habituellement ne sont pas sensibles aux problèmes
des femmes. Les femmes avaient donc moins recours à un groupe
organisé, supposé être là pour aider tous les employés.

-- Joseph Carasco, Centre de recherches fondamentales, Kamala (Ouganda)

Lorsqu'il y a effectivement des syndicats, les femmes y sont souvent sous-représentées. Le Labour Resource Centre (1995) a rapporté qu'en Malaisie, la loi exige qu'un comité de sécurité soit créé dans les lieux qui emploient plus de 40 personnes. Bien que la loi spécifie le nombre d'employés, d'employeurs, etc. qui doivent faire partie du comité, elle ne fait pas mention de représentation en fonction du sexe.


Les cadres des syndicats étaient essentiellement des travailleurs
de sexe masculin qui habituellement ne sont pas sensibles aux
problèmes des femmes. En conséquence, les travailleuses avaient
moins recours à un groupe organisé qui était supposé être là
pour aider tous les employés.

-- Joseph Carasco, Centre de recherches fondamentales, Kamala (Ouganda)

Les intérêts des travailleuses -- comme la garde d'enfants, le harcèlement sexuel, le défaut d'accès au capital, l'infériorité sociale et les questions de santé et de sécurité -- sont rarement soutenus par les syndicats. Dans une étude des syndicats dominés par les hommes dans des professions dominées par les femmes (Rathgeber, 1990a, p. 16), les chercheurs ont constaté que :

Les préoccupations des femmes n'étaient habituellement pas formulées par les délégués syndicaux et les femmes elles-mêmes hésitaient à participer aux activités du syndicat parce qu'elles estimaient qu'elles n'avaient pas les compétences verbales nécessaires ou qu'elles ne disposaient pas du temps qu'il fallait pour combiner l'activité syndicale avec leurs responsabilités domestiques [ ... ]. Même lorsque les femmes avaient atteint des niveaux élevés de qualification ou étaient devenues membres de syndicats qui étaient supposés protéger leurs intérêts, la différence entre les sexes continuait à constituer un important facteur de disparité dans l'expérience réelle en milieu de travail. (Traduction libre.)

Il faut adopter des stratégies pour augmenter la représentation des femmes dans les syndicats et pour faire en sorte que les syndicats répondent mieux aux besoins de leurs membres, y compris la main-d'œuvre féminine.

Absence de contrats

Beaucoup de femmes des pays en développement travaillent sans contrat et ne bénéficient donc d'aucune assurance en matière de santé ou de sécurité sociale (Machado, 1993 ; Berr, 1994). Les employeurs ne sont pas non plus tenus d'accorder des congés de maternité ou le droit d'utiliser la clinique médicale de la société aux travailleurs engagés sans contrat ou avec un contrat temporaire. Zaini a expliqué que, parce qu'une femme enceinte qui travaille pour un entrepreneur dans une plantation de Malaisie n'a pas droit à un congé de maternité payé, elle revient à la plantation une semaine après son accouchement, car son revenu est essentiel à la survie de la famille.

Une étude de 300 travailleuses dans le secteur de la cueillette du raisin aux fins d'exportation au Chili (l'une des plus importantes sources d'emploi féminin dans le secteur de la production) a révélé que 65 % des femmes travaillaient avec un contrat temporaire, et que 14,3 % travaillaient sans aucun contrat (Medel et Riquelme, 1992). Dans le meilleur des cas, certaines de ces femmes étaient protégées contre les maladies et les accidents liés au travail pendant les mois où elles étaient employées. Cependant, si elles avaient des problèmes de santé en rapport avec leur dur travail après la saison de cueillette des fruits, elles se retrouvaient sans protection (Berr, 1994).

Les femmes occupent souvent des emplois temporaires ou à temps partiel et n'ont généralement pas droit à une assurance contre les accidents et les maladies, même si elles ont un contrat. Celles qui travaillent dans le secteur agricole, comme domestiques, dans les secteurs de la pêche et de la cueillette des fruits, travaillent souvent sans contrat (Berr, 1994). Au Brésil, environ le tiers des 15 millions de femmes qui constituaient la population active féminine en 1985 étaient employées comme domestiques. Ces femmes, dont le salaire était habituellement inférieur au salaire minimum, n'ont souvent pas de contrat d'emploi et ne sont pas couvertes par le système de bien-être social, qui offre des avantages comme une assurance-santé et une pension de retraite (OIT, 1985 ; Machado, 1993). Le pourcentage de femmes sans contrat est plus élevé parmi les groupes à faible revenu que parmi les femmes des régions rurales.

Dans bien des pays du monde, le recours à des travailleurs à domicile s'est accru afin de réduire les coûts de main-d'œuvre. Les sociétés qui utilisent des travailleurs à domicile ont habituellement une longue chaîne de sous-traitance. Le dernier maillon de la chaîne, et le plus précaire, est le travail effectué surtout par des femmes dans leur maison, sans contrat de travail officiel, sécurité sociale ni protection contre les accidents et la maladie (Berr, 1994). Si une travailleuse à domicile est malade, elle ne peut pas prendre de congé de maladie. En cas de blessure ou de maladie pendant le travail, le coût du traitement médical est assumé par la travailleuse et sa famille et l'employeur n'a aucune responsabilité (Prompunthum et Kerdpol, 1985 ; OIT, 1992b).

Risques pour la santé et la sécurité : quelle information ?


La plupart des travailleurs, particulièrement dans les pays en
développement, ne sont pas conscients des effets toxiques des
produits chimiques qu'ils manipulent. Des programmes
d'éducation sur la santé et la sécurité au travail devraient
être dispensés à tous les travailleurs.

--Anne Kamoto Puta, Organisation zambienne de santé et de
sécurité au travail, Ndola (Zambie)

Les femmes manquent souvent d'informations sur l'ampleur des effets des conditions de travail dangereuses pour la santé. Par exemple, elles ne savent pas toujours que les produits chimiques qu'elles manipulent ont des effets toxiques. Parfois, ces informations n'existent pas mais il arrive aussi que les femmes n'aient simplement pas été informées des risques qu'elles courent. LaDou (1993) a rapporté que le manque d'informations sur les dangers des insecticides est répandu parmi les travailleurs, les employeurs et même les vendeurs d'insecticides. Les travailleurs ( et tous ceux qui sont en contact avec les agents nocifs) ont le droit d'être au courant des risques supposés, et des programmes de formation doivent être mis en place.

Le Labour Resource Centre (1995) a fait remarquer, cependant, que l'éducation des travailleurs sur la santé et la sécurité représente une lutte constante. Beaucoup de travailleurs, dont la préoccupation première est de travailler et de recevoir un meilleur salaire, ne considèrent pas les questions de santé et de sécurité au travail comme une priorité. En fait, certains travailleurs peuvent même accepter d'effectuer des travaux dangereux ou d'utiliser des produits chimiques toxiques s'ils reçoivent une indemnité supplémentaire pour ce faire.


La santé n'est pas considérée comme une priorité par comparaison
avec des questions urgentes comme le salaire et la stabilité
d'emploi. Les femmes n'ont souvent pas conscience du rapport
entre les conditions de travail et la détérioration de leur santé.

-- Ximena Díaz Berr, travailleuse salariée des secteurs de l'industrie
et de la culture fruitière, Santiago (Chili)

Harcèlement sexuel

On reconnaît de plus en plus l'étendue du harcèlement sexuel auquel les femmes sont soumises au travail (Ahikirie, 1991). Les employeurs peuvent exiger des rapports sexuels en retour de l'accès ou du maintien à un emploi, d'une promotion ou d'une augmentation de salaire. Une femme qui a désespérément besoin de travailler peut se retrouver dans l'incapacité de refuser la demande de faveurs sexuelles. Une femme qui est soumise au harcèlement sexuel peut souffrir de dommages psychologiques, ainsi que de réactions physiologiques négatives, telles que gastrite et étourdissements (Acevedo, 1994).

Comme le décrit Humphrey (1987, p. 140) :

Les [ femmes ] peuvent être congédiées par les contremaîtres et les directeurs dont elles ont refusé les avances, congédiées si une relation tire à sa fin et, dans bien des cas, congédiées si elles dénoncent l'agresseur [ ... ]. Ce qui est peut-être encore plus répandu et généralisé, ce sont les humiliations publiques et avilissantes que subissent les femmes que l'on maltraite, que l'on brutalise, que l'on insulte et que l'on menace de mesures disciplinaires [ ... ]. Ces pratiques semblent très courantes dans les usines du Brésil. (Traduction libre.)

Stress

On accorde de plus en plus d'attention aux effets du stress sur la santé et le bien-être des individus. Il y a un certain nombre de facteurs psychosociaux dans le lieu de travail qui sont liés aux niveaux de stress, parmi lesquels le nombre d'heures passées au travail, le niveau de satisfaction au travail, la complexité des tâches, le degré de supervision et la structure organisationnelle. Le stress peut être provoqué par d'autres conditions de travail, depuis le bruit jusqu'aux produits chimiques et au harcèlement sexuel (Messing, 1991). Le stress a aussi été lié à l'insuffisance des périodes de repos, aux exigences constantes, à l'incapacité de parler avec les collègues et au travail répétitif (Messing, 1991).

Le stress constitue un risque important dans le travail de beaucoup de femmes. La nécessité de satisfaire aux exigences rivales du travail et de la famille peut être une source considérable de stress pour les femmes, aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Plusieurs études effectuées dans les pays industrialisés ont démontré que le stress associé à la recherche de l'équilibre entre le travail rémunéré à l'extérieur de la maison et les responsabilités d'éducation des enfants et de gestion de la maisonnée peut se solder par une réduction de la productivité, un manque de ponctualité, l'absentéisme, un changement fréquent de travail, une baisse du moral, une réduction du niveau de satisfaction dans la vie et une mauvaise santé mentale (Lee et al., 1994). De plus, les femmes ont souvent des niveaux de stress plus élevés que les hommes à cause des conditions sociales dans lesquelles elles vivent, y compris l'inégalité économique, la pauvreté et la marginalité.


La confusion des frontières entre le travail à l'extérieur et la
maison, plus prononcée pour les femmes, peut provoquer des
niveaux de stress élevés. Les femmes qui travaillent et s'efforcent
également de faire face à leurs responsabilités familiales peuvent
souffrir de migraines, de nervosité et de dépression.

-- Ng Yen Yen, sénateure au Parlement de Malaisie, Pahang (Malaisie)

Dans certains secteurs où domine la main-d'œuvre féminine, le rythme rapide du travail et le fait que les objectifs de production dominent la vie des femmes peuvent provoquer une mauvaise santé chronique. Les travailleuses, sous menace constante d'un congédiement si les quotas ne sont pas atteints, peuvent souffrir de maux de tête, de fatigue, d'ulcères d'estomac, de rhumes constants, de troubles du sommeil, d'hypertension et de palpitations cardiaques (apdc, 1990). Or, peu d'études systématiques du stress ont été effectuées dans les secteurs dominés par les femmes.

Deux chercheuses d'Amérique latine ont présenté des résultats sur le stress parmi les femmes dans la population active rémunérée. Berr (1994) a publié les conclusions d'une étude effectuée par le Centre d'études sur les femmes du Chili sur les facteurs de risque associés au stress parmi les travailleuses des industries de la cueillette des fruits et du vêtement. Un indice de stress a été mis au point, fondé sur la présence de trois maladies liées au stress (névrose, ulcère et gastrite) signalées par les travailleuses. Ceci a été suivi par une analyse des facteurs associés à l'indice de stress. À partir de valeurs de contrôle (représentées par des femmes qui n'avaient jamais souffert d'aucune des trois maladies), une analyse de régression logistique multidimensionnelle a été effectuée afin d'identifier les facteurs de risque associés au stress.

Parmi les travailleuses du secteur du vêtement, l'analyse a révélé que les femmes qui déclaraient souffrir des maladies liées au stress avaient 3,7 fois plus tendance à être économiquement responsables de leur famille, 2 fois plus tendance à être exposées au bruit dans l'environnement et 2,8 fois plus tendance à avoir souffert d'un accident dans le lieu de travail. Dans le cas des ramasseuses de fruits, l'analyse a indiqué que ces femmes avaient davantage tendance à souffrir d'une maladie liée au stress si elles consacraient plus de deux heures par jour au travail à la maison (8,5 fois plus), si elles avaient peur d'être renvoyées (3,5 fois plus), et si elles travaillaient dans une position physique forcée (2,1 fois plus). Dans les usines d'emballage, les conditions de travail stressantes étaient liées à la rigueur du travail ainsi qu'à la longueur des heures de travail. Les femmes qui travaillaient dans les usines d'emballage avaient davantage tendance à souffrir de stress si elles craignaient d'être renvoyées (3,4 fois plus) et si elles travaillaient dans un milieu bruyant (3,9 fois plus).

Breilh (1994) a présenté les résultats d'un sondage concernant le stress parmi les femmes qui travaillent dans la fonction publique en Équateur. Une proportion élevée des femmes interrogées se trouvaient en état de stress. Il a conclu que les niveaux élevés de stress parmi les femmes fonctionnaires étaient associés au travail répétitif et ennuyeux, à la mauvaise organisation et à l'excès de travail. Il a également constaté que les femmes qui restaient longtemps debout pendant leur travail étaient les plus touchées par le stress.

Des niveaux élevés de stress ont aussi été liés au manque d'aide à la maison. Plus de 50 % des travailleuses interrogées par Breilh (1994) effectuaient beaucoup de travail à la maison sans soutien d'aucune sorte. Parmi les travailleuses ayant un mari ou un partenaire, un pourcentage très faible ont déclaré que celui-ci leur apportait une aide à la maison. Seulement 10 % des partenaires aidaient aux travaux ménagers et 27 % participaient aux tâches associées aux soins à la famille.

Breilh a indiqué qu'on notait une réduction notable du stress chez les travailleuses qui avaient les niveaux de loisirs les plus élevés. Cependant, à cause des restrictions culturelles et du manque de temps, le temps de loisirs des travailleuses était minimal et elles n'en tiraient donc pas tellement d'avantages. Les femmes ont invariablement peu de temps pour elles-mêmes, pour leurs projets personnels ou pour les activités de loisirs.

Breilh a également établi un rapport entre un milieu de travail stressant et la présence de troubles menstruels. Le pourcentage de femmes souffrant de polyménorrhée (menstruations accrues) était presque trois fois plus élevé chez les travailleuses avec un niveau élevé de stress. Ces femmes avaient également tendance à souffrir d'autres maladies comme des infections récurrentes. Le stress psychologique peut aussi provoquer l'aménorrhée chez les femmes (CRNTR, 1993).

Effets nocifs possibles sur la reproduction

Les activités de travail des femmes peuvent aussi leur causer des problèmes dans le domaine de la reproduction. Les lourdes charges peuvent, par exemple, provoquer une descente de la matrice et sont associées aux troubles menstruels, aux fausses couches et à la naissance d'enfants mort-nés (ncsew, 1988). Une étude effectuée au Maharashtna, en Inde, qui portait sur le dur travail agricole, a conclu qu'il y avait une incidence élevée d'enfants mort-nés et de naissances prématurées pendant la haute saison de la culture du riz, lorsque tout le monde, y compris les femmes dont la grossesse est presque à terme, passe toute la journée dans les champs. Le travail suppose qu'elles restent accroupies et penchées pendant des heures. L'effort physique et la pression sur l'utérus peuvent provoquer un déclenchement prématuré du travail et de l'accouchement (Batliwala, 1988).

Parmi les autres troubles possibles des fonctions de reproduction des travailleuses du secteur agricole, on peut citer ce qui suit
(Engberg, 1993, p. 873) :

  • perturbation du cycle menstruel ;

  • stérilité ;

  • malformation fœtale ;

  • cancer chez les enfants ;

  • retard de croissance ;

  • développement postnatal anormal des bébés à cause des produits chimiques transmis par l'allaitement.

Certaines conditions de travail, comme le travail par roulement, les emplois du temps irréguliers et les variations de température, peuvent modifier le cycle menstruel d'une femme (Acevedo, 1994). Certaines études ont indiqué que le froid, l'exposition aux solvants ou le fait de soulever des charges à un rythme rapide peuvent produire des douleurs menstruelles (dysménorrhée) (Messing, 1991).

La station debout prolongée, le travail par roulement, les longues journées de travail, l'exposition aux radiations et à certains produits chimiques peuvent contribuer au grand nombre d'avortements spontanés parmi les femmes qui travaillent à l'extérieur (Patrick, 1991, cité dans Koblinsky et al., 1993b ; Acevedo, 1994). Borges (1993) a noté que les emplois associés à un niveau élevé de stress sans contrôle ou presque sur les tâches à accomplir augmentaient le risque d'accouchements prématurés chez les femmes (Acevedo, 1994).

Une étude effectuée à La Victoria, au Venezuela, a évalué l'état de santé d'un groupe de travailleuses du textile par comparaison avec des femmes de la même région qui ne travaillaient pas à l'extérieur de la maison. De façon générale, les travailleuses du textile avaient des conditions de vie plus pauvres et des niveaux scolaires plus faibles, et étaient notablement plus financièrement responsables de la famille que les femmes qui ne travaillaient pas à l'extérieur. Eu égard aux fonctions de reproduction, on notait un nombre sensiblement plus élevé d'avortements spontanés, ainsi que des poids à la naissance nettement plus faibles chez les travailleuses du textile que chez les femmes qui travaillaient exclusivement à la maison. Il se peut que les caractéristiques du travail dans la fabrique de textiles, y compris les longues heures passées à la chaîne, le rythme de travail intense et la station debout prolongée, combinées aux mauvaises conditions de vie et à la responsabilité d'une famille, aient contribué à ces troubles des fonctions de reproduction.

Aspects positifs du travail des femmes

Le travail peut cependant avoir beaucoup d'avantages positifs pour la santé des femmes. Dans les pays industrialisés, les preuves indiquent que, au moins pour les femmes qui ont une attitude positive envers le travail, il y a une forte corrélation positive entre l'emploi des femmes et leur santé (Repetti et al., 1989 ; Rodin et Ickovics, 1990). Qui plus est, il semble que la santé physique et mentale des femmes qui travaillent à l'extérieur soit de beaucoup meilleure que celle des femmes qui travaillent uniquement à la maison (McDaniel, 1987).

Les femmes qui font partie de la population active officielle peuvent gagner en estime de soi et en confiance dans leurs aptitudes et leurs capacités de décision. Le milieu de travail offre également la possibilité de bénéficier du soutien social des collègues (Leslie, 1992 ; Debert-Ribeiro, 1993). Le fait d'assumer des rôles multiples (p. ex. à la maison et dans la population active rémunérée) peut avoir pour effet d'augmenter l'amour-propre et la joie de vivre et représenter une défense contre la dépression (Ayers et al., 1993). On a trouvé que les effets de l'emploi étaient plus bénéfiques chez les femmes qui occupaient des postes professionnels et des postes de direction que chez les travailleuses manuelles (Hazuda et al., 1986).

Comme les conditions de travail sont très différentes dans les pays en développement et les pays industrialisés, il est difficile de généraliser à partir des données obtenues dans ces derniers. Il est donc important que les conséquences sur la santé de la participation accrue des femmes à la population active dans les pays en développement soient étudiées de façon systématique et exhaustive.


Voir Mirdha, B.R., « The female client and the health-care
provider », texte inédit présenté au concours CRDI/TDR 1994­1995.

Voir Handali, S., « Gender and women's health issues in Jayawijaya District, Irian Jaya, Indonesia », texte inédit présenté au concours CRDI/trd 1994­1995

Voir Zaini, J., « Women in Malaysian plantations : health and medicines », cité dans apdc (1990), inédit

Voir A. Borges et D. Acevedo, « Salud reproductiva en textileras y amas de casa, La Victoria, Aragua, Venezuela », inédit.








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