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Smaranda Grajdieru

ID : 3168
Ajouté le : 2002-06-05 14:03
Mis à jour le : 2003-04-07 10:17
Refreshed: 2010-09-02 12:42

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De l'eau en réserve dans le Deccan, en Inde
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Introduction
Incidence
Perspectives futures
Préalables
Utilisateurs éventuels
Projets connexes
Point de contact
Ressources
Complément d'information: techniques de conservation de l'eau
 

Introduction

Il n'y a pas si longtemps, la population d'Akole Taluka, zone tribale de l'Inde centrale, était réduite à passer le plus clair de son temps à chercher de l'eau pour son usage domestique. La pauvreté, la maladie et la faible productivité agricole étaient monnaie courante. La misère généralisée laissait peu de place à l'espoir d'une vie meilleure. Or, ce n'est plus le cas aujourd'hui : les populations de ce coin de pays ont désormais accès à de l'eau à longueur d'année avec des surplus pour irriguer leurs terres, jadis incultes. Cet heureux dénouement est largement imputable à une nouvelle stratégie de gestion de l'eau, élaborée avec l'aide du CRDI, qui, grâce à une variété de techniques, met à profit les eaux souterraines et de surface. 

L'élaboration de la stratégie est le fruit de quatre ans d'efforts déployés par la Fondation BAIF pour la recherche au service du développement, de Pune, en Inde, et le département des sciences de la terre de l'Université de Windsor, en Ontario, au Canada. L'étude a été menée sur le plateau de Deccan, à Ambevangan, Manhere, et Titvi, villages où les pluies sont abondantes et les inondations fréquentes, à l'époque de la mousson, de la mi-juin au début d'octobre. Le terrain accidenté de cette région montagneuse et la piètre perméabilité du sous-sol (roches basaltiques) ne retiennent pas l'eau pluviale et entraînent un manque chronique d'eau en été.

Au départ, l'idée d'un projet de gestion de l'eau en des contrées aussi arides semblait farfelue. Mais, la présence de l'arbre tropical, Ficus glomerata, a fortement joué en faveur du projet :   selon la population locale, cet arbre est le signe de la proximité de nappes souterraines. Ce premier indice conjugué à un riche savoir indigène en matière d'eau, des travaux hydrogéologiques effectués sur le terrain, des analyses et la compilation de données météorologiques ont mené à l'élaboration de la stratégie. On a par la suite choisi des sites destinés à démontrer l'efficacité des différentes méthodes de conservation de l'eau.

<u>Entre autres techniques</u> développées et testées sur le plateau de Deccan, on compte la méthode conventionnelle de réalimentation des nappes par la création de fossés de niveau  et le colmatage des ravines. Les fossés de niveau sont, en fait, des sillons que l'on creuse en suivant les courbes de niveau de la pente pour permettre à l'eau de s'immobiliser, de s'infiltrer dans le sol et pour prévenir l'éboulement du sol érodé. Le colmatage des ravines s'effectue grâce à des barrières de roches placées en travers des ravines et des ruisselets plus profonds. Les barrières récupèrent les sédiments en aval et absorbent les écoulements sur les pentes ascendantes et favorisent, de ce fait,  la retenue des pluies de la mousson. Voilà des techniques qui donnent une lueur d'espoir aux populations d'autres régions aux prises avec un problème similaire de pénurie d'eau. 

Incidence

          Le projet a eu des retombées positives sur plusieurs plans :
  • Quantité d'eau - On a désormais accès à des points d'eau à longueur d'année grâce à certains barrages submersibles, des réseaux à écoulement par gravité et le développement de sources et de puits sur le plateau de Deccan. De plus, durant la saison sèche, chaque personne dispose de 750 litres d'eau par jour. 
  • Qualité de l'eau et hygiène - L'accès à une plus grande quantité d'eau a eu un effet favorable sur sa qualité et sur l'hygiène des villageois.  Les femmes se chargent d'enlever les dépôts et les impuretés dans l'eau et on garde le bétail éloigné des bassins. Les fermiers déploient en outre beaucoup d'efforts pour désincruster le fond des puits. 
  • L'étendue des cultures  - Les nouvelles ressources en eau ont permis aux villageois de cultiver 30% de plus de terres (300 hectares) durant la saison des pluies. De plus, une seconde récolte est prévue pour l'hiver (75 hectares) sur un même périmètre. Le bétail est de qualité supérieure, on fait des profits grâce à la vente des produits agricoles, on prépare des plans d'irrigation et on discute de nouvelles entreprises pour tirer profit des surplus d'eau. 
  • L'emploi - Le projet a multiplié les débouchés au village, réduisant ainsi la dure nécessité pour les hommes de travailler loin de la maison. La formation professionnelle a également élargit ses horizons pour accroître les possibilités d'emploi à l'extérieur pour ceux qui choisissent de quitter le village. 
  • Le moral collectif  -  Jusqu'à tout récemment, devant la dégradation généralisées des ressources et le manque de travail, les jeunes entrevoyaient l'avenir avec pessimisme. Or, on assiste désormais à un changement manifeste sur ce plan : les villageois sont motivés et de bien meilleure humeur; les attitudes sont plus décontractées et les maisons, mieux entretenues.
  • Gestion de l'eau - Quelque 20% des ménages ont acquis des compétences en gestion des ressources en eau. Lors de l'implantation du projet, les jeunes, en particulier, ont développer leurs connaissances en matière de conservation de l'eau et de la terre. 
    Sur le site du projet, les mesures de conservation du sol ont permis d'économiser en moyenne 6 à 10 mm de terre végétale par an. 
     
  • La santé générale - On a noté une diminution des cas de maladies de la peau, particulièrement les dermites, et de troubles gastro-intestinaux. 
  • Qualité de vie - Les villageoises et les enfants subissent de moins en moins les contraintes reliées aux pénuries d'eau comme la quête et le transport de l'eau à des distances de plus en plus éloignées durant la période précédant la mousson. 
  • Partenariats - La réussite du projet a créer une ambiance propice aux échanges dans les villages. En outre, les villageois s'allient avec des agences extérieures pour l'application des mesures de conservation de l'eau nouvellement apprises sur les sites de démonstration. 

Perspectives futures

La méthodologie employées à Akoke Taluka se prête à moultes applications à la grandeur de la région de Deccan. En fait, plusieurs endroits à l'extérieur du plateau présentent même des conditions encore plus favorables, d'un point de vue géologique. À travers les programmes BAIF, en vigueur dans cinq états indiens, les techniques mises au point au plateau seront mises à l'essai puis adaptées à d'autres zones hydrogéologiques et à d'autres conditions agroclimatiques. Un cours de formation a été offert à cette fin en mai 1997 à des membres du personnel participant au projet dans d'autres états. Le cours était largement basé sur l'expérience acquise et les techniques élaborées à Akoke Taluka. 

Au cours du projet, le travail  effectué sur le plan du développement des ressources humaines à la Fondation BAIF a mené à une nouvelle approche en gestion de l'eau, à la création d'une base de données informatisées et au report graphique des information basé sur un Système d'Information Géographique (SIG), le tout grâce au soutien de la Fondation et du CRDI

La Fondation a de plus fait preuve de beaucoup de ténacité dans sa quête de fonds supplémentaires et elle continue de travailler aux côtés de la population d'Akoke Taluka. Les villageois poursuivent de bon gré leur adaptation aux changement apportés par les nouvelles ressources en eau. Cela implique de changer de perspective face à la ressource et assumer de nouvelles responsabilités, surtout en matière d'hygiène et de propreté. 

Préalables 

Un aménagement hydrographique visant le développement des ressources requiert l'intégration des données de surface et souterraines pour une compréhension hydrogéologique approfondie du sol et du régime des eaux souterraines. Il faut donc recueillir les renseignements suivants :
  • les relevés climatiques, y compris le volume des précipitations, le taux d'humidité et la vitesse d'évaporation; 
  • des cartes topographiques incluant le tracé du réseau hydrographique et les cours d'eau saisonniers;
  • les données hydrologiques, surtout celles reliées aux variations saisonnières des débits des rivières;
  • les données des sols, y compris les types de sol, leur épaisseur et la répartition;
  • la répartition des affleurements et une vue d'ensemble de la profondeur de l'atmosphérisation; 
  • les principaux type de roches souterraines (couche superficielle);
  • les structures des pores dans les roches et les facteurs gouvernant leur répartition;
  • les principales sources de réalimentation en eau, d'évacuation et la direction de l'eau souterraine; 
  • les caractéristiques des débits des principaux types de nappes aquifères, incluant le rendement des puits existant;
  • la cartographie des traits caractéristiques du terrain (linéament) permettant d'identifier les ruptures (imagerie satellite);
On peut, dans certains cas, obtenir certaines de ces informations auprès des instances chargées de conserver les dossiers des différents projets de développement majeur de l'endroit, tels les barrages, tunnels et projets de construction de routes. 

L'étude des besoins fournissant le détail de la façon dont l'eau sera utilisée par la population locale devra comporter une carte de l'historique de l'utilisation des sols et si possible une appréciation participative des ressources.

La population locale doit être prêtre à participer pleinement à chaque phase du projet; elle doit prendre part à l'étude de besoins initiale; elle doit partager ses connaissances du terrain avec les agents extérieurs; elle doit prendre part à la formation professionnelle et l'appliquer à des projets- pilotes; elle doit enfin assumer l'entière responsabilité des retombées et du suivi du projet sur place. 

Le savoir et les compétences locales doivent être pris en compte au moment de la planification. La participation des membres de la communautés dotés de compétences pertinentes au projet assureront un travail de qualité dans la construction notamment de barrages, de tranchées, etc. Ces derniers doivent recevoir la formation nécessaire avant le début des travaux.
 

Utilisateurs éventuels

Les ONG, les ministères gouvernementaux (ayant un rapport avec l'approvisionnement en eau,
l'exploitation des sols, la gestion de l'environnement, la santé publique et la foresterie), les travailleurs participant à des programmes, le personnel médical.

Projets connexes

Le CRDI a appuyé un projet similaire à North Bihar, en Inde, en collaboration avec le Centre de ressources en eau à Madras de l'Université Anna. (no du projet : 92-8300, utilisation combinée des eaux pour l'irrigation à North Bihar en Inde).
 

Point de contact

G.G. Sohani, B.K. Kakade 
BAIF Development Research Foundation 
Manibhai Desai Nagar 
National Highway No. 4 
Warje, Pune 411 029, INDIA 
Tél. : 91-212-365494/365496/369955 
Téléc. : 91-212-366788 
Courriel : baif@wmi.co.in

Frank Simpson 
Département des sciences de la terre 
Université de Windsor 
401 ave Sunset 
Windsor, Ontario, CANADA  N9B 3P4 
Tél. : (519 )253-4232, poste 2487 
Téléc. : (519) 973-7081 
Courriel : franks@server.uwindsor.ca

Naser Faruqui, Agent de programme principal 
Centre de recherches pour le développement international 
B.P. 8500 
Ottawa, Ontario, CANADA  K1G 3H9 
Tél. : (613) 236-6163, poste 2321 
Téléc. : (613) 567-7748 
Courriel : NFaruqui@idrc.ca

Ressources

Sohani, Girish G.; Simpson, Frank; et al. Conjunctive use of water resources in Deccan Trap, India. 

REFLECTIONS: Aphorisms on international development with explanatory words and pictures, possibilité d'emprunter l'ouvrage (au complet ou en partie) auprès de Frank Simpson. 

Les résultats de recherche vont paraître sous peu dans des rapports, manuels de formation et fascicules techniques produits par la Fondation BAIF . Le rapport des recherches sera publié en anglais; les manuels, fascicules et brochures seront publiés en anglais, en hindi et en marathi. Pour recevoir des copies, prière de contacter la Fondation BAIF pour le développement de la recherche

Complément d'information : techniques de conservation de l'eau

Les connaissances locales - Les membres des tribus locales possèdent beaucoup de connaissances sur l'eau de leur région. C'est grâce à eux qu'on a pu identifier les sources et d'autres caractéristiques du sol. Sans leur aide, il eut été pratiquement impossible d'obtenir ces données puisque la plupart des sources ont un débit à peine perceptible. 

Conservation des sols et de l'eau - Dans la région de l'étude, on a fait appel à une multitude de méthodes : le colmatage des ravines et des ruisselets, le creusage de fossés de niveau, la plantation d'arbres fruitiers et forestiers et l'aménagement d'écrans de végétation (les tiges d'agaves et de vétivers). Ces mesures devraient favoriser l'infiltration des écoulements dans le sol et dans le substratum rocheux et contribuer ainsi à la réalimentation artificielle des nappes (infiltration souterraine de l'eau retenue, altération du substratum rocheux et aquifères). 

Amélioration des sources et des puits - Avec l'aide des résidents, on a identifié, approfondi et nettoyé les sources afin d'accroître les courants de déversement et on a construit des réservoirs pour emmagasiner l'eau. À l'entrée de l'une des sources (kelicha bandh), on a raccordé un tuyau de sorte que l'eau soit recueillie dans un réservoir de 5 000 litres muni d'un robinet pour l'accès à de l'eau potable. On a fait de même avec une autre source de la région d'Ambevangan. On a approfondi les puits existants et on a foré d'autres trous pour tirer profit du suintement des fissures dans le substratum rocheux. Un vieux puits abandonné depuis 3-4 ans a repris du service après qu'on y ait retiré le limon et réparé les murs de pierres. On a répété la manoeuvre pour un put d'Ambevangan. 

Étangs - De petits étangs de ferme ont été aménagés à flanc de montagne et on a installé des cuves plastiques pour prévenir les pertes. L'eau emmagasinée est destinée à l'irrigation des plantes fruitières. On a aménagé de grands étangs en pente juste au-dessus des champs agricoles et des sources d'eau existantes afin d'augmenter le taux d'humidité des champs et le rendement des sources d'eau. On compte un total de 19 étangs sur le site du projet. Les étangs aménagés au cours de la 2e année ont donné des résultats encourageants. Les fermiers disposent maintenant de suffisamment d'eau pour la culture des légumes domestiques; le taux d'humidité dans les champs en descente est maintenu et la récolte a été supérieure à la normale en dépit des périodes de sécheresse. De plus, en raison du maintien de l'humidité, certains fermiers ont eu droit à une seconde récolte. Par conséquent, à la dernière année (1995-96), tous les fermiers souhaitaient vivement creuser des étangs dans leur champs, pratique qui trouvait bien peu d'adeptes au départ. 

Murets de rétention - Trois types de murets de rétention pour recueillir les écoulements de l'eau ont été construit sur le site. Ces murets ralentissent les écoulement de l'après-mousson, permettant une seconde récolte. À un endroit, on a aménagé un micro-système d'irrigation pour la culture d'un acre de blé en aval d'un barrage en maçonnerie. 

Captation de l'eau des toitures - On a installé 26 systèmes pour capter l'eau s'écoulant des toitures dans trois villages. L'eau s'écoule dans les creux des tôles galvanisées et se déverse dans des réservoirs. Cette eau s'est avérée utile, même durant la saison des pluies alors qu'il est difficile d'aller chercher de l'eau (la région est montagneuse et les puits sont dans les vallées). L'eau emmagasinée a des usages divers : eau à boire, pour le bain, pour laver le bétail, et pour l'arrosage du potager durant l'hiver et les périodes de sécheresse. En général, les pluies de l'après-mousson durent jusqu'à tard en octobre et on peut remplir les réservoirs jusqu'à fin novembre. L'eau emmagasinée peut alors servir pour presque un mois. Par la suite, les réservoirs sont remplis grâce à l'eau puisée des sources et amenée par des chars à boeufs.  Auparavant, les familles étaient contraintes d'aller chercher l'eau chaque jour à des kilomètres de la maison.  Il faut dorénavant continuer de transporter l'eau de la façon habituelle, mais généralement sur de plus courtes distances et, la plupart des gens du pays s'entendent pour dire qu' il n'y a plus d'incertitude quand à l'approvisionnement. 

De l'eau jaillissant d'une fissure - On a construit un barrage permanent en maçonnerie dans la vallée d'Ambevangan. On a découvert, au cours de la construction, une fissure dans la roche basaltique. Étonnamment, alors qu'à la fin de l'été, il n'y avait pas une seule goutte d'eau dans la région, 400 à 500 litres d'eau par jour jaillissait de cette fissure. Le creusage de fossés de niveau en amont de cette fissure a accru le rendement en eau. Malgré l'absence de pluies tardives en 1995, cette source a permis d'abreuver le hameau de Topewadi d'Ambevangan jusqu'à la mousson suivante, en juin. 

La documentation relative à ces technologies sera distribuées dans les collectivités des villages, les agences de développement, les ONG, les organismes gouvernementaux de l'Inde et de l'état de Maharashtra qui interviennent dans la gestion de l'eau. Il y aura des sessions de formation et des ateliers à l'échelle nationale afin de faire connaître les technologies et méthodologies mises au point durant cette étude.





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